QUI SUIS-JE ?
1 P 1, 10-16 ; Mc 8, 27-
(28 février 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN
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ans l'évangile de saint Marc que nous avons entendu il y a quelques jours, Hérode s'enquérait auprès des juifs pour savoir qui était Jésus, pour savoir ce qu'on disait de Lui. Et les juifs répondaient : "On dit que c'est Jean-Baptiste qui est ressuscité, que c'est Elie ou un autre prophète." Et aujourd'hui, Jésus, posant à ses disciples la question : "Qui suis-je ?" ceux-ci lui rapportent exactement la même chose : "Les gens disent que Tu es Jean-Baptiste qui est revenu, que Tu es Élie ou un autre prophète." Alors, seconde question : "Pour vous, personnellement, qui suis-Je ?"
Dans l'évangile de saint Marc, au cours de ces huit premiers chapitres, il est très souvent question, d'une façon ou d'une autre, de l'identité de Jésus. Pour mémoire voici quelques réflexions des témoins des paroles, des actes et de la vie de Jésus.
Au moment où il guérit un fou furieux dans la synagogue de Capharnaüm (c'est son premier miracle cité par saint Marc) tout le monde se demande : "Quel est cet homme ? Que vient-il faire ? Pourquoi a-t-il cette autorité ?" Après la guérison du paralytique, celui que l'on descend par le toit, Marc nous livre cette réflexion des gens : "Jamais on n'a rien vu de pareil!". Ses proches même, ceux de Nazareth, alors qu'Il est pressé par la foule et qu'Il n'a même pas le temps de manger, disent de Lui : "Il a perdu la tête, Il a perdu le sens. Il est hors de Lui." Ils se posent donc des questions sur son état de santé.
Au moment où Jésus calme les flots, après la tempête sur la mer de Galilée, il provoque cette interrogation à son sujet, de la part même des apôtres : "Quel est celui-ci à qui même le vent et la mer obéissent ?" Au moment de la délivrance du possédé de Gérasa "tous s'étonnaient de ce qu'Il venait d'accomplir." Lorsque Jésus marche sur les eaux : "Les disciples qui sont dans la barque le prennent pour un fantôme. Ils ne Le reconnaissent pas." Au moment de la guérison du sourd-bègue, Marc note cette expression : "Il a fort bien fait toutes choses. Qui donc est-Il ?"
Il est extrêmement intéressant de suivre, dans l'évangile de saint Marc, toute cette découverte progressive que font les gens qui sont témoins des actes de Jésus, et en premier lieu ses disciples. Mais il y a une chose encore plus étonnante, c'est que si tous ces gens ne savent pas qui est Jésus, il y en a d'autres qui le savent très bien. Ce sont les esprits mauvais, c'est le démon lui-même, puisque dans trois de ces exemples, il est affirmé par l'esprit mauvais qui habite l'être de ces juifs possédés : "Je sais qui Tu es. Tu es le Fils de Dieu !" ou encore :"Toi, Tu es le Fils de Dieu !" Et le démon qui possède l'homme de Gérasa crie : "Qu'y a-t-il entre Toi et moi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ?"
Les démons ont donc une lucidité très claire sur la personne même du Christ. Ils savent, ils affirment qu'Il est le Fils de Dieu. Les gens ne le savent pas, ne le saisissent pas encore très bien. Cependant, lorsque Jésus demande à ses disciples : "Pour vous, qui suis-Je ?" Pierre affirme :"Tu es le Christ, Tu es le Fils du Dieu Vivant ! Tu es le Messie!" Et quelques instants après Jésus va lui dire : "Retire-toi, car tes pensées sont celles de Satan " parce qu'il ne suffit pas d'affirmer qu'Il est le Christ mais il faut adhérer à ce message du Christ. Or si Pierre refuse de suivre le Christ, il n'adhère pas à cette personne divine dans laquelle il peut trouver son salut. Car, juste après cette profession de Pierre, vient la première annonce de la passion et l'adhésion au Christ Fils de Dieu, l'adhésion au Messie, ce sera l'adhésion à sa passion, à sa mort et à sa résurrection. Et si Pierre refuse, il est du côté de Satan : "Retire-toi, Satan ! Passe derrière Moi. Tes idées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes", celles des hommes qui s'opposent au dessein salvateur du Christ.
Ainsi cette profession de foi de Pierre, et à travers lui du corps des apôtres et de nous-mêmes, se situe dans l'évangile de saint Marc, après cette longue période où Jésus s'est manifesté et où Il a provoqué un certain nombre de questions chez ceux qui regardaient, contemplaient, étaient étonnés de ce qu'Il faisait. Mais plus profondément encore, cette profession de Pierre précède la première annonce de la Passion. Puis, après que Jésus ait donné un certain nombre de conditions pour le suivre, Il va annoncer sa Résurrection. "Il y en a parmi vous qui ne mourront pas sans avoir vu le Royaume de Dieu venir avec puissance", c'est-à-dire : "Vous verrez, dans toute sa puissance de salut, dans toute sa gloire, la manifestation du Christ Ressuscité." Et le texte qui suit immédiatement, c'est la Transfiguration, annonce de la Résurrection du Christ dans sa propre chair.
Ainsi, la profession de la foi, c'est la profession de la foi au Christ, Fils de Dieu, mort et ressuscité, pour sauver les hommes de tout mal, de toute emprise du démon, de tout piège de Satan. Et cette profession de foi au Christ mort et ressuscité entraîne, pour chaque chrétien, des conditions strictes, très précises pour suivre le Christ. Lui-même les donne : "Qui perd sa vie à cause de Moi, la sauvera !" "Que vous sert-il de gagner l'univers si vous perdez votre âme ?" Ce n'est pas un code de vie morale. Ces quelques passages éclairent pour nous le sens profond de toute notre vie, sens profond destiné à nous faire confesser le Christ mort et ressuscité et ainsi à nous faire entrer dans son salut.
Chaque jour, par l'eucharistie, nous sommes situés dans ces mêmes conditions. Chaque jour, nous avons, dans l'eucharistie, à reconnaître le Christ, Fils du Dieu vivant. Chaque jour, nous annonçons sa mort et nous célébrons sa Résurrection. Et célébrer cette mort et cette Résurrection en confessant notre foi au Christ, Fils de Dieu, cela nous engage à le suivre cela nous engage à quitter notre vie pour la perdre et être restaurés dans cette vie du Christ, dans cette résurrection. Cela nous engage à nous détourner de toute force du mal, à nous laisser délier des liens avec le Mauvais, à nous laisser ouvrir les yeux, à nous laisser ouvrir les oreilles pour que notre être tout entier soit rempli de ce mystère pascal de mort et de résurrection.
AMEN