MOURIR JEUNE
Si 51, 1-11 ; Mc 10, 13-36
(17 juin 1983)
Homélie du Frère Michel MORIN
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ous aimerions bien tous, autant que nous sommes, mourir vieux, sans pour autant désirer toutes les difficultés de cet âge. Et cependant, d'après l'évangile d'aujourd'hui, nous ne sommes pas destinés à mourir vieux, mais à mourir jeune. Je pense que notre maturité spirituelle et chrétienne, notre avenir est à l'inverse de ce qu'est notre maturité humaine. Nous naissons petit enfant et, de fait, dans le cours normal de la vie, nous sommes destinés à mourir vieux lorsque la vie de notre corps cessera. Or, dans la vie spirituelle, c'est le contraire : nous naissons vieux, et nous sommes destinés à mourir petit enfant. De toute façon, comme le dit Jésus, "il n'y a que les petits enfants qui entreront dans le Royaume de Dieu." Or, comme Jésus le disait à Nicodème, nous ne pouvons pas entrer une nouvelle fois dans le sein de notre mère pour renaître. Il s'agit donc d'une naissance et d'une enfance spirituelle.
Nous naissons vieux parce que nous naissons dans le vieil homme, nous naissons dans le péché, nous naissons avec toutes ces forces de mal qui se développent petit à petit en nous. Et Dieu vient continuellement nous donner cette vie nouvelle, cette jeunesse nouvelle qui est destinée à nous renouveler, à faire en sorte que notre maturité, notre accroissement, défasse tous les liens du péché, enlève toutes ces marques de la vieillesse causées par le péché et par le mal, pour que nous retrouvions notre visage d'enfant, d'enfant de Dieu, tel qu'il est sorti de ses mains et de son cœur, au premier jour de la création.
Nous devons accueillir ce message, cette parole, cette vie avec la naïveté, avec la confiance, avec l'espérance des enfants. C'est ainsi que nous reviendrons nous-mêmes enfant de Dieu, sans cesser pour autant d'être des hommes et de conduire notre vie humaine de la meilleure façon possible, bien entendu. C'est ce que voulait dire tout à l'heure ce beau chant d'action de grâces de l'Ecclésiastique où l'auteur chante ce Seigneur qui a délivré son corps de la ruine. Ce n'est pas uniquement le corps physique, c'est tout son être, toute sa personne qui est justement délivrée par la miséricorde de Dieu des ruines du mal, des ruines du péché, des ruines de la mort, de façon à ce que, dans ces mêmes ruines, renaisse cet enfant que nous sommes destinés à devenir.
Et comme le disait le psaume 8, cette puissance du Nom de Dieu qui vient nous rajeunir doit être chantée par des lèvres d'enfant, de tout-petit.
AMEN