GUÉRISON DE L'HOMME A LA MAIN DESSÉCHÉE

1 R 18, 19-29 ; Mc 3, 1-12

(31 janvier 1983)

Homélie du Frère Michel MORIN

Tel un arbre mort, la main desséchée

L

 

'évangile que nous venons d'entendre se situe tout au début du texte de saint Marc. Le Christ a déjà commencé sa vie publique. Il a prêché dans la synagogue de Capharnaüm. Il a déjà guéri plusieurs malades, malades du corps comme la belle-mère de Simon ou le paralytique, malades de l'esprit comme ce fou furieux de la synagogue et tous les possédés. Il a aussi pris certains repas avec les pécheurs. Il a discuté déjà avec les pharisiens qui ont commencé à lui faire un procès.

Dans cet évangile, nous voyons, déjà, de façon très distincte, que sont inscrits les principaux éléments de ce qui s'accomplira au moment de la Pâque du Christ. Il y a en effet, l'accusation, puis l'annonce de la Résurrection, l'endurcissement et en même temps la souplesse.

L'accusation parce que les pharisiens sont là à l'épier sans cesse pour voir quel mal, quelle faute il va faire, afin de pouvoir l'accuser. Et le mal qu'ils cherchent à dénoncer chez Jésus, ce n'est que la violation de la Loi, ce n'est que la faute par rapport à la Loi. Ces pharisiens n'ont pas d'autre conception du mal peut-être plus profonde, que celle d'une loi qui n'est pas respectée. Et ils cherchent à accuser Jésus sur ce respect de la Loi. Et l'essentiel ce n'est pas tellement la guérison que le fait que celle-ci se passe justement un jour de sabbat. Or si le sabbat était vécu de façon très normative, il était quand même entendu que toute œuvre de vie, toute nécessité vitale passait avant certaines lois du sabbat. Par exemple on pouvait conduire à l'abreuvoir son bœuf ou son âne s'il avait soif.

A cette accusation, le Christ répond par l'annonce de la Résurrection puisqu'il dit à cet homme qui a la main desséchée : "Lève-toi" là devant tout le monde. Or cette expression du Christ, c'est "Réveille-toi ! Ressuscite, là aux yeux de tous !" Annonce que le Christ au moment de cette accusation ultime portée par les pharisiens et les hérodiens et tous les fonctionnaires de la Loi. A ce moment-là le Christ répondra à l'accusation par la Résurrection, par la manifestation de la vie et un lendemain de sabbat, au moment de la fête de Pâques.

Et à l'endurcissement du cœur des pharisiens qui provoque chez le Christ un moment de colère sur eux, un regard de dépit, un regard peut-être aussi de découragement, navré de l'endurcissement de leur cœur, à cet endurcissement Jésus répond par la souplesse de la force de l'Esprit puisqu'il dit à l'homme : "Etends ta main !" et sa main qui était sèche, paralysée, incapable de faire quelque chose, est tout d'un coup remise en état, c'est-à-dire retrouve sa force vive. Et vous savez que la main, dans l'anthropologie sémitique, représente la force, la force victorieuse. C'est la droite de Dieu, c'est la puissance de sa main qui accomplit des merveilles pour son peuple. Et Moïse étendra sa main sur les eaux de la Mer Rouge pour que celle-ci puisse s'ouvrir et laisser le passage pour le peuple qui, justement, lui aussi, fuit l'endurcissement et les accusations des Égyptiens vers la terre promise, vers la terre de la Résurrection et de la force de l'Esprit.

Ainsi le Christ, dès le début de son ministère, et de façon peut-être encore cachée, dévoile quel sera l'ultime moment, quel sera le sens définitif de sa mission : redonner aux hommes la force de Dieu qui doit nous faire vivre beaucoup plus que toute Loi.

 

AMEN