LA TÊTE DE JEAN-BAPTISTE

1 R 9, 1-9 ; Mc 6, 14-29

(2 février 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

e moins qu'on puisse dire, c'est qu'à cette époque-là, les repas d'anniversaire n'étaient pas toujours drôles. En effet, cette histoire sordide, dans laquelle un prince, faible de tempérament, pas spécialement un mauvais homme mais faible, succombe à l'espèce de harcèlement de sa seconde femme qui n'était pas sa femme légitime, pour avoir la tête d'un prophète, c'est évidemment tout à fait significatif de cette époque très troublée, dans laquelle Jésus et Jean-Baptiste ont prêché. C'est d'abord une certaine philosophie du pouvoir, parce que si Hérode avait su vraiment vivre selon ses convictions, il n'aurait pas accordé la tête de Jean-Baptiste, car c'était un homme juste, et qu'il n'y avait aucune raison de livrer la tête d'un homme juste. Quand on veut faire un cadeau à quelqu'un, on ne lui fait pas un cadeau qui est mauvais.

Mais c'est aussi une certaine attitude religieuse. Car lorsque Hérode entend parler de Jésus dont la prédication s'accompagne de miracles, aussitôt il pressent qu'entre Jésus et Jean-Baptiste, il y a une parenté secrète, une sorte de continuité. C'est que, en réalité, on n'échappe pas au Royaume de Dieu. Derrière cet épisode qui a inspiré beaucoup de peintres et de poètes, à cause de son caractère dramatique, c'est toute une leçon sur le sens même du Royaume de Dieu qui est caché. Les royaumes humains peuvent disposer de toutes choses à leur guise ou à leur gré. Hérode, Hérodiade et sa fille peuvent sacrifier Jean-Baptiste pour se faire plaisir les uns aux autres au cours d'un banquet. Mais en réalité, si l'on a touché à celui qui était le messager de la venue de Dieu, si on a atteint dans son cœur même l'évangile de la proclamation du Royaume qui vient, même si l'on s'est acharné contre lui, on ne peut pas empêcher qu'il vienne. Et c'est l'expérience que fait Hérode puisque, nous dit-on, lorsqu'il entend parler de la prédication de Jésus, il se demande si ce n'est pas Jean-Baptiste qui est ressuscité. En réalité, Hérode le sait maintenant : le royaume de Dieu, quand il vient, personne jamais ne pourra l'en empêcher.

C'est une présence qui s'impose. Et même si on veut mettre à mort tous ses messagers, cela ne sert de rien car le Royaume vient quand même. Nous vivons une époque dans laquelle il y a beaucoup d'Hérode, non seulement des Hérode qui cherchent à persécuter ouvertement, par intention délibérée, d'anéantir le Royaume de Dieu, mais aussi des Hérode qui sont des faibles et des lâches et qui n'osent pas s'opposer aux Hérode qui ont beaucoup de tempérament et beaucoup de cruauté. Il y a aussi, en nous-mêmes, ce côté Hérode ou ce côté Hérodiade, qui ne veut pas laisser venir le Royaume de Dieu et qui est prêt à le sacrifier à n'importe quelle satisfaction aussi temporaire et éphémère qu'elle soit.

Que nous, chrétiens, nous sachions être les témoins de ce Royaume qui vient, à la fois par cette attitude de vérité qui consiste à ne pas vouloir détruire ce qui est, et surtout ce qui est vraiment part de Dieu, mais aussi en essayant d'ouvrir notre cœur, de ne pas le fermer, de ne pas être comme Hérode, et d'accepter, au contraire, que ce Royaume vienne en vérité, d'abord au plus profond de nous-mêmes, pour que le Christ ressuscite et fasse de nous des participants véritables du Royaume pour la vie sans fin.

 

AMEN