LE SENS DES ÉVÉNEMENTS

Tb 5, 4-18 ; Mc 11, 27-33

(18 juin 1981)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

L

 

es deux textes que nous venons d'entendre ne sont peut-être pas très connus. Le livre de Tobie est une histoire, un petit roman qui se trouve dan la Bible où l'on nous raconte comment un jeune homme, accompagné par un ange envoyé par Dieu a pu trouver un remède pour guérir son père devenu aveugle et en même temps rencontrer la jeune fille qui devait devenir sa femme et qui était, vous l'avez entendu, tourmentée par un démon qui empêchait qu'elle puisse se marier car ce démon provoquait la mort de tous les jeunes gens qui l'approchaient. Demain, nous entendrons la suite de cette histoire et nous verrons la rencontre de Tobie et de cette jeune fille et comment, en priant, avant de se marier, ils pourront être vainqueurs de la force du mal, de ce démon qui cherchait à empêcher le bien. Ainsi, dans toute notre vie, il y a des tentations représentées par cette force du mal. Sans cesse le démon cherche à empêcher que le bien s'accomplisse, et comme nous le verrons demain, c'est la prière qui est la force la plus grande pour nous délivrer de ces tentations, pour nous délivrer du mal qui sans cesse cherche, dans notre cœur, à empêcher que l'amour de Dieu s'accomplisse et nous rende heureux.

Le second texte est un passage de l'évangile. Au premier abord, il semble que Jésus s'amuse un peu. Les pharisiens viennent lui poser une question : "De quelle autorité fais-tu tous les miracles que tu accomplis ?" Dans les pages qui précèdent, nous avons vu Jésus chasser les vendeurs qui remplissaient le Temple, qui vendaient des colombes, des bœufs et des taureaux pour les sacrifices. Jésus avait pris des cordes pour en faire un fouet et les chasser loin du Temple en disant : "Il ne faut pas transformer la maison de Dieu en une maison de commerce." Les grands-prêtres étaient interloqués de cette attitude de Jésus et lui demandent : "Quelle est l'autorité qui te permet de faire tout cela "

Jésus leur renvoie la balle. Si vous voulez que je réponde à cette question, il faut que vous répondiez, vous aussi à la question que je vous pose. "Jean-Baptiste est venu, il a prêché un baptême. Est-ce que ce baptême venait de Dieu ou est-ce que c'était une invention de Jean-Baptiste ?" Et c'est là que Jésus perce le cœur des grands-prêtres qui l'interrogent. Car, au lieu de répondre, du fond de leur cœur, ce qu'ils pensent vraiment ils font un calcul. Ils se disent : si nous disons que ce baptême venait de Dieu, Jésus va nous dire : Pourquoi vous ne vous êtes pas convertis quand Jean-Baptiste vous a appelés à la pénitence ? Si, par contre, nous répondons que ce baptême était simplement une invention de Jean, toute la foule qui a suivi Jean-Baptiste et s'est convertie à sa prédication va nous regarder de travers et perdra confiance en nous. Vous voyez, au lieu de répondre avec la simplicité de leur cœur, ils font des calculs. Cela montre bien que leur cœur n'est pas ouvert, n'est pas rempli de lumière. C'est un cœur fermé, un cœur rempli de mensonge. Quand ils posaient une question à Jésus, ils ne venaient pas avec bienveillance. Ils avaient déjà résolu de ne pas le croire, de le perdre. C'est pour cela que Jésus perce leur méchanceté. En réalité, tant à l'égard de Jean-Baptiste qu'à l'égard de Jésus, les grand-prêtres, les scribes, les anciens du peuple juif, ont manqué de foi. Ils ne savent pas reconnaître quand quelqu'un vient de la part de Dieu. Ils demandent : "De quelle autorité faites-vous cela ?" S'ils avaient regardé Jésus, avec un regard droit, un regard pur, ils auraient vu que Jésus n'agissait pas à sa fantaisie, mais toujours au nom de Dieu, par amour pour son Père et par amour pour les hommes.

Si Jésus avait fait sortir du Temple les vendeurs de tourterelles ou de bétail, c'était pour l'honneur de Dieu, pour que la maison de Dieu soit vraiment une maison de prière et non pas une maison de commerce. Si Jésus faisait des miracles, ce n'était pas pour se rendre intéressant, mais c'était par amour pour les hommes malades, pour les hommes pécheurs que Jésus venait guérir, que Jésus venait sauver. Par conséquent, les grands-prêtres n'avaient pas de question à poser, ils n'avaient qu'à regarder. S'ils avaient regardé avec un regard pur les actes de Jésus, ils auraient tout de suite compris que Jésus agissait par amour, par miséricorde, par tendresse pour les hommes et par fidélité à Dieu, son Père. Leurs questions montrent bien que leur regard n'est pas pur, qu'ils n'ont pas la foi.

Nous aussi, quelquefois nous posons des questions à Dieu : "Pourquoi les choses vont-elle mal ? Pourquoi des tremblements de terre ? Pourquoi des gens qui meurent dans des accidents ? Pourquoi y a-t-il du mal dans le monde" ? Nous avons une attitude comme celle des grands-prêtres. Nous demandons des comptes à Dieu. Nous ne croyons pas, alors nous nous insurgeons, nous nous révoltons un peu contre Dieu, parce que nous ne le regardons pas avec un regard pur qui nous permettrait de découvrir l'amour de Dieu. Ce n'est pas Dieu qui fait le mal. Ce n'est pas Dieu qui provoque les tremblements de terre. Ce n'est pas Dieu qui produit les accidents ou la mort des hommes. Si nous regardions de plus près, nous verrions que Dieu essaie toujours, au contraire, de nous manifester son amour, de nous donner un sens pour les évènements et de nous aider à comprendre, à nous aimer les uns les autres, à nous entraider. Quand il y a un malheur au lieu d'accuser Dieu, nous devrions laisser Dieu inspirer notre cœur pour que nous nous aidions, pour que nous puissions aider ceux qui sont malades, consoler ceux qui sont malheureux pour et chercher, ensemble, à trouver le bonheur et la joie en nous réconciliant et en nous laissant enseigner par Dieu. Souvent, si nous avons le regard qui n'est pas pur, c'est parce que nous ne laissons pas Dieu convertir notre cœur, toucher notre cœur par sa tendresse. Nous avons le cœur mal disposé et alors, Jésus ne veut pas répondre à nos questions parce que nous ne les posons pas avec foi et pureté de cœur.

Pendant cette eucharistie, essayons d'ouvrir notre cœur à la présence de Dieu, d'ouvrir nos yeux à la Lumière du Christ, de tourner notre cœur vers l'amour de Dieu pour qu'Il nous convertisse, pour qu'Il remplisse notre cœur, et à ce moment-là, nous comprendrons mieux l'amour de Dieu pour nous, pour chacun de nos frères, l'amour qu'Il met dans notre cœur pour que nous nous aimions les uns les autres, pour que nous nous aidions les uns les autres, pour que nous marchions ensemble vers Lui. A ce moment-là, nous comprendrons véritablement le mystère de Dieu, son amour pour nous et nous serons remplis de son bonheur. Ouvrons les yeux de notre cœur pour être remplis de la lumière de Dieu.

 

AMEN