JÉSUS, FILS DE DAVID

Tb 3,7-17 a ; Mc 10, 46-52

(16 juin 1981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

C

 

et épisode de la guérison de l'aveugle de Jéricho, dans saint Marc, conclut tout un ensemble extrêmement cohérent et bien charpenté, dans lequel, le premier épisode marquant est celui de la Transfiguration où Jésus manifeste, par sa lumière, qu'Il est véritablement le Fils de Dieu et qu'Il est venu faire resplendir la gloire de Dieu sur la terre. Ensuite, il y a toute une série d'enseignements du Christ qui ont pour but de nous montrer que, maintenant, Il s'avance vers Jérusalem et vers sa croix, et que nous, nous devons, petit à petit, apprendre à marcher à la suite du Christ, et nous aussi, porter notre croix. Cet enseignement, c'est celui par lequel Jésus dit aux fils de Zébédée qu'il faut boire la même coupe que le Christ va boire. C'est aussi l'enseignement sur les richesses, montrant que le Christ doit être notre seule richesse pour pouvoir marcher avec Lui vers la gloire. C'est aussi l'enseignement du Christ disant : "Celui qui veut venir à ma suite, qu'il prenne sa croix et qu'il le suive." C'est aussi l'enseignement où le Christ montre que, pour entrer dans la gloire et pour sauver les hommes, il lui faut être flagellé, bafoué, moqué, crucifié et finalement qu'il ressuscitera le troisième jour.

Et le petit épisode que nous venons de lire maintenant, la guérison de l'aveugle est comme la conclusion de tout cet ensemble qui nous explique comment nous devons suivre Jésus. C'est pour cela que l'aveugle, dès qu'il se sent appelé par Jésus, à ce moment-là, quitte son manteau, bondit vers Lui, et, lorsqu'il est guéri, il marche à la suite de Jésus. L'enseignement qui nous est donné, que le Christ voulait donner, à travers ce miracle, a quelque chose à voir avec le fait de suivre Jésus, et c'est cela qu'il nous faut comprendre.

En effet, si vous l'avez remarqué, dès que l'aveugle sait que Jésus de Nazareth, le Nazarénien passe par là, il se met à crier, il se met à crier et à prier, en demandant pitié pour sa situation. Parce que, à cause de son aveuglement, il ne peut pas suivre Jésus. C'est précisément la raison pour laquelle il crie, et c'est aussi la raison pour laquelle il n'ose pas s'avancer vers Jésus, parce qu'il ne sait pas où aller et sa prière : "Jésus, Fils de David, aie pitié de moi !" est comme le cri ultime de cet aveugle par lequel il semble dire à Jésus : Je voudrais bien marcher à ta suite, mais je ne sais pas comment.

Et vous avez remarqué que cet aveugle est extraordinairement lucide, puisque quand on lui dit que Jésus de Nazareth passe par là, lui dit immédiatement : "Jésus, fils de David". c'est-à-dire que même si ses yeux ne voient pas, lui, déjà, dans la foi, il a reconnu la véritable nature du Christ : Il est le Fils de David, c'est-à-dire le Messie, Il est le salut promis à Israël. Alors que toutes les foules, autour de lui, ne voient que Jésus de Nazareth et le lui disent, lui, l'aveugle, a déjà vu le Fils de David, le Fils de Dieu, le Messie promis à Israël. Et c'est ainsi qu'il l'invoque parce que cet aveugle a déjà reconnu en lui l'œuvre de la grâce, déjà cet aveugle a les yeux de son cœur ouverts, déjà il sait qui est Celui en qui il a mis sa foi, qui est Celui à qui il adresse sa prière.

C'est pourquoi, parce que le Père a révélé au cœur de cet aveugle qui était celui qu'il attendait, le Christ, à ce moment-là, n'a plus qu'à parachever l'œuvre du salut. Maintenant que l'aveugle a reçu la grâce, par laquelle il reconnaît Jésus comme le Fils de Dieu, Jésus n'a plus qu'à lui ouvrir les yeux pour qu'il voie, dans sa chair, dans ses yeux de chair, celui qui s'est fait chair pour nous. Et c'est le sens de cette guérison qui, d'une certaine manière, est déjà résurrection. Les yeux de l'aveugle sont déjà ressuscités, puisqu'il voyait déjà, dans la foi, et que maintenant, dans sa chair, il voit le Fils de Dieu dans la chair. Alors, il peut le suivre. Alors il peut monter à Jérusalem avec le Christ. Alors, il peut se mettre sur le chemin de la gloire.

Pour nous aussi, frères, l'aveugle est un modèle. C'est une lumière, cet aveugle ! En réalité, il nous apprend que, nous aussi, nous sommes comme lui dans la condition présente, nous ne voyons que dans la foi. Mais, tout notre désir, c'est de dire au Christ : "Nous voulons Te voir, dans Ton visage de Ressuscité, nous voulons Te voir dans Ta chair ressuscitée." Et c'est cela le sens de notre prière, c'est pour cela que, jour après jour, nous demandons que ce monde passe, afin qu'un jour, nous contemplions, dans la lumière éternelle, non plus avec les yeux aveugles de la foi, en criant :"Fils de David, aie pitié de nous !" mais que nous puissions dire, au jour de notre mort : "Seigneur, que je voie !" et qu'alors, le Seigneur ouvre nos yeux de chair pour le contempler dans le mystère de sa résurrection et son amour, pour l'éternité.

 

AMEN