ET QUI PEUT ETRE SAUVÉ ?
Rm 12, 3-13 ; Mc 10, 23-31
(13 juin 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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rères et sœurs, nous avons un peu tendance à ne pas comprendre la situation dans laquelle Jésus se trouvait lorsque ses disciples en sont venus à poser cette question qui venait de naître après le départ de jeune homme riche. En effet, à l'époque de Jésus, il était évident que les gens riches, parce qu'ils étaient riches, parce qu'ils avaient les moyens suffisants pour avoir la liberté de vaquer à la prière et aux diverses observances de la Loi, il était admis, dans la conscience habituelle de ces gens-là que les riches avaient plus de chance d'être sauvés que les autres, puisque, précisément, eux, avaient les moyens d'observer scrupuleusement la Loi. De plus, on considérait que la richesse était un signe manifeste de bénédiction de la part de Dieu, puisque, précisément, cela faisait partie de ces dons, de ces biens dont Dieu avait doté telle personne, et que, à travers ce signe de la richesse, c'était une sorte d'indice de la bénédiction de Dieu qui était ainsi attestée.
Or, et c'est là que c'est profondément nouveau, et beaucoup plus nouveau que nous le pensons, c'est que le Christ, après le départ du jeune homme riche, en vient à dire : "Mais que c'est difficile pour un riche d'entrer dans le royaume de Dieu !" Et l'on comprend très bien la réaction des apôtres : "Si c'est si difficile pour un riche, alors "qui peut être sauvé ?" Ce n'est vraiment pas possible. Si ceux, j'allais dire, qui en ont les moyens ne le peuvent pas, nous autres, qui n'en avons pas les moyens, comment ferons-nous ? C'est donc que nous sommes tous perdus.
La réaction du Christ, c'est celle-ci : si nous comptons sur les moyens humains qui sont avec nous, nous ne le pouvons pas. "A l'homme, c'est impossible", c'est-à-dire, si grands que soient les moyens humains mis en oeuvre pour cette découverte, pour cette entrée dans le royaume de Dieu, ils ne suffiront jamais, "mais, pour Dieu, c'est possible". Et aussitôt, Jésus enchaîne en disant : Même maintenant que je suis venu, cette Loi va être pour ainsi dire quasiment inversée. Maintenant, c'est dans la mesure où vous quitterez vos richesses que vous recevrez la véritable richesse du salut, c'est-à-dire, que, maintenant, non seulement la Loi ancienne va être profondément inversée mais c'est Dieu Lui-même qui, parce qu'Il a envoyé son Fils, a donné au monde la seule et unique richesse, qui peut donner le salut. Et c'est cela ensuite le sens de la pauvreté évangélique qui n'est pas une théorie de misérabilisme généralisé, contrairement à ce qu'on en a dit parfois, mais qui est la doctrine de la vraie richesse, c'est-à-dire de la richesse de Dieu qui est notre unique richesse, qui n'a pas de comparaison avec toutes les richesses que nous pourrions aligner sur la terre.
C'est pour cela que lorsque nous quittons père, mère, femme, sœurs et frères, et champs, à cause de l'évangile, nous recevons père, mère femme, frères et sœurs, à cause de l'évangile, c'est-à-dire, que nous recevons tous ces biens transfigurés déjà par la gloire de Dieu, même si, au milieu de cette transfiguration, il y a ces moments de blessure et de persécution, car notre vieil homme n'est pas encore converti. Ce que le Christ est venu apporter, c'est la surabondance de la richesse. L'économie du royaume de Dieu est une économie de surabondance et non pas de misérabilisme. Je crois que, souvent, nous autres, chrétiens, nous avons d'abord à témoigner que Dieu est vraiment, non pas une richesse à laquelle on s'accroche pour la gérer avec nos petits calculs et le soir à la lumière de la chandelle pour faire des économies, mais que Dieu est notre seule richesse au sens de cette espèce de surabondance absolue qui devrait nous donner cette liberté, cette joie profonde de lui appartenir et ce sens d'une générosité qui est imitation de la générosité du Christ qui donne sa vie pour ses amis.
Voilà, frères et sœurs, le témoignage de notre vie. C'est ce témoignage que notre plus grande pauvreté nous donne accès à la plus grande richesse, la réalité même de cet infini, de ce prix de la présence de Dieu, au cœur de notre vie et au cœur de nos frères.
AMEN