LA SEMENCE
He 11, 32-40 ; Mc 4, 1-20
(2 février 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Les quatre terrains
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orsque le Christ veut parler de ce mystère de la parole qui est jetée dans le monde, il emploie une image tirée du monde végétal. Je crois que c'est très important. Nous, aujourd'hui, nous aimerions plutôt nous référer à des images techniques. Mais à cette époque-là, il y avait des techniques, des métiers que le Christ aurait pu utiliser pour évoquer ce travail de la parole de Dieu. Il a voulu prendre une image toute simple, celle d'une graine jetée dans la terre et qui grandit. Tout cela pour nous manifester d'abord que la parole de Dieu est une réalité qui, en soi, a sa propre vitalité et sa propre puissance. C'est comme ce germe qui ne demande qu'une chose, être planté dans la terre et après il aura cette espèce d'initiative pourvu qu'on lui donne l'air, l'eau et les éléments minéraux qui lui sont nécessaires, il aura l'initiative de s'arranger, de s'organiser, de grandir pour que, petit à petit, faire que ce qui est terre, suc minéral soit peu à peu transformé en parole vivante de Dieu. C'est cela le sens même du mystère de la Parole de Dieu.
La parole de Dieu est un mystère parce que nous ne savons jamais exactement comment elle grandit et comment elle porte du fruit en nous. C'est exactement comme le semeur, comme le paysan qui a jeté du grain dans la terre. Il n'a fait que jeter le grain dans la terre, et puis, il attend qu'il pousse, mais c'est précisément ce travail caché, secret, du grain qui germe dans la terre puis mûrit, qui échappe au regard, mais qui est néanmoins le plus réel, le plus important. C'est cela qui compte.
Il faut aussi que la parole de Dieu, elle aussi, grandisse, germe et mûrisse de la même manière dans notre cœur. Nous ne saurons exactement comment se passe ce travail mystérieux de la semence qui meurt et qui ressuscite et qui grandit dans notre cœur pour nous faire porter du fruit qui demeure. Mais cependant, c'est cela l'unique et essentielle vérité de notre vie. Nous sommes de ceux à qui a été révélé en clair et non en parabole ce mystère du grain semé dans notre cœur, dans la terre de notre cœur et c'est pour cela que nous devons faire attention aux épines, aux ronces, aux chardons, aux pierres qui sont dans notre cœur et qui risquent sans cesse d'étouffer la semence. Ce n'est pas nous qui ferons grandir le royaume, mais ce que nous pouvons faire, c'est d'empêcher que le grain pousse et grandisse, et mûrisse.
Alors, chaque fois que nous entrons dans l'eucharistie, souvenons-nous de cela. Le grain qui germe et qui grandit, c'est le Christ en notre cœur. Et de cela, nous connaissons si peu de chose. Nous ne savons que ce que le Seigneur a bien voulu nous en dire, a bien voulu nous en révéler. Mais nous en avons l'attestation par lui, que ce grain germe, mûrit et ne cesse de porter du fruit au cœur du monde. Mais pensons à tout ce qui, en nous, est pierre ou épine et qui peut empêcher la croissance de ce royaume. Alors, c'est dans un esprit très humble de pardon, et de demande de la miséricorde de Dieu, que nous pourrons nous approcher de l'autel du Seigneur pour recevoir ce pain, ce blé nouveau qui est la nouvelle de son royaume : Jésus, corps et sang livré pour nous.
AMEN