LE MENDIANT
2 Co 5, 14-21 ; Mc 11, 11-25
(17 juin 1980)
Homélie du Frère Michel MORIN
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I |
l y a toujours un mendiant aveugle : c'est chacun d'entre nous, et c'est nous tous ensemble. Mendiants, parce que nous n'en finissons pas d'appeler l'amour de Dieu, sa bonté, sa pitié, sa miséricorde. Mendiants, parce que nous savons très bien que, sans Lui, nous n'avons rien, en tout cas rien de ce qui fait l'essentiel de la vie humaine. Mendiants et aveugles parce que, en plus, nous avons les yeux chargés de péché, le cœur alourdi de misère.
Mais, sur cette même route où nous sommes assis, il y a aussi un autre mendiant. Un autre mendiant qui ne mendie pas pour lui, qui mendie pour d'autres mendiants, un autre mendiant qui ne dit pas : "Donne-moi quelque chose !" mais qui nous dit : "Que tu veux-tu que je fasse pour toi ?"
Nous sommes mendiants et aveugles, mais il faudrait que nous puissions entendre cet autre Mendiant qui passe près de nous et qui est le Seigneur Jésus. Notre immense besoin de Dieu et notre péché ne doivent pas nous rendre sourds à la présence et à la question que Dieu nous pose. Toutes les questions que nous pouvons poser à Dieu, au Christ, à l'évangile, à son Église, sont peut-être, au fond, des fausses questions auxquelles il n'y a pas de réponse, parce que les seules vraies questions sont celles que Dieu Lui-même pose : "Que veux-tu que je fasse pour toi ?"
L'eucharistie que nous célébrons chaque jour, c'est le passage dans notre mendicité, dans notre cécité, de ce mendiant qu'est le cœur du Seigneur. Ce mendiant que nous, nous rendrons aveugle lorsque ses yeux se fermeront dans la mort à cause de notre péché. Et justement, parce qu'Il connaît la mendicité, et parce qu'il connaîtra la cécité, Il pourra nous combler de ses biens de vie et combler nos yeux de sa lumière. Aujourd'hui encore, par l'eucharistie, ce mendiant qu'est Dieu passe auprès de notre humanité, cet autre mendiant assis sur la route.
AMEN