NAISSANCE DE LA FOI
Mc 8, 22-26
(29 mai 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Mystra : Guérison de l'aveugle
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'aime beaucoup cette guérison qui est propre à l'évangile de saint Marc. Marc nous donne toutes sortes de petits détails concrets qui, au premier abord, semblent inutiles mais qui, finalement, sont très suggestifs et très révélateurs.
La guérison de cet aveugle, son "illumination", est une image de notre vie de foi. C'est aussi par l'intervention de Dieu qui se révèle à nous que nous naissons à la foi. Et cette naissance à la foi peut se faire de façon très différente selon les personnes. Il y en a qui, par une conversion, se trouvent tout à coup mis en face du mystère de Dieu dans sa plénitude. Et cela correspond à la guérison de beaucoup d'autres aveugles dans l'évangile à qui Jésus dit : "Je le veux, Vois !" et leurs yeux s'ouvrent. Mais bien souvent cette naissance à la foi est infiniment plus progressive. C'est ce que signifie pour nous cette guérison si curieuse où Jésus est obligé de s'y reprendre à plusieurs fois. La première fois, l'aveugle commence à voir, mais il aperçoit les gens comme des arbres qui se mettent à marcher. C'est dire qu'il a une vue encore assez floue, assez trouble et c'est une autre intervention de Jésus qui lui permettra enfin de voir nettement et de voir de loin.
Je pense que pour beaucoup d'entre nous il en va ainsi en ce qui concerne la foi. Non pas parce que nous croirions à moitié et que nous prendrions le mystère de Dieu pour autre chose que ce qu'il est, mais parce que nous avons d'abord une vue de ce mystère assez opaque, assez fragmentaire ou au contraire assez générale et ce n'est que petit à petit que nous pouvons pénétrer dans ce mystère d'une façon plus précise. Non pas que le progrès dans la foi soit celui de la connaissance théologique qui nous amènerait peu à peu à "y voir clair" dans le mystère de Dieu ou pire encore à avoir l'impression que nous pourrions le démontrer, mais parce qu'il y a une sorte d'affermissement, de certitude d'approfondissement de notre foi qui, peu à peu, saisit notre être tout entier.
Dans un premier temps nous croyons, c'est-à-dire nous mettons toute notre bonne volonté à nous tourner vers Dieu, vers son mystère, et nous avons une adhésion d'ensemble à ce mystère, mais il nous reste encore un peu étranger. Notre vie n'est pas vraiment transformée par ce mystère de Dieu. Il y a plusieurs choses qui coexistent en nous. D'une part cette certitude grandissante de la présence de Dieu et de la profondeur de ce qu'Il est, et d'autre part notre vie qui continue à se dérouler selon ses lois propres. Et ce n'est que très progressivement que ce mystère de Dieu va "informer" notre vie c'est-à-dire lui donner forme, structurer notre vie, changer nos façons de sentir, de réagir, d'agir de telle sorte que, petit à petit, ce que nous faisons, ce que nous pensons, ce que nous sentons, notre manière d'aimer ne soit plus tout à fait seulement à nous, mais soit remplie de la manière d'être de Dieu. De telle sorte que le Saint Esprit vienne collaborer avec nous, coopérer avec nous ou plus exactement nous inviter à collaborer et à coopérer avec Lui, pour que tout ce que nous sommes et tout ce que nous faisons soit autant de Dieu que de nous. C'est cela le progrès incessant de la vie chrétienne qui est un épanouissement progressif de la foi qui, d'une adhésion intellectuelle, conceptuelle et globale va devenir petit à petit une foi vitale, une foi vécue, une foi qui remplit tous les méandres de notre existence.
Ainsi peut-être n'y voyons-nous pas beaucoup plus clair dans le mystère de Dieu, mais par contre ce mystère est beaucoup plus clair dans notre façon d'être, il est beaucoup plus visible, beaucoup plus transparent à travers notre être. Et aux yeux de nos frères, cette foi agissante, active, vivante en nous devient plus visible, plus manifeste, plus convaincante. Ceci souvent à notre insu, d'ailleurs et c'est mieux ainsi.
Et tout ceci, Jésus le fait en imposant ses mains sur nous, c'est-à-dire en faisant pénétrer son mystère à l'intérieur de nous-mêmes. Le texte dit aussi que Jésus a mis de la salive sur les yeux, a craché sur les yeux de cet aveugle. C'est une autre manière de montrer à quel point est intime cette pénétration du mystère de Dieu en nous et dans notre propre vie. Dieu n'hésite pas à mêler ce qu'Il est à ce que nous sommes, à s'incorporer en nous de telle sorte que nous soyons vraiment remplis, au sens précis et presque physique du terme, de sa présence.
Soyons attentifs avec ce regard de foi, avec cette certitude de foi, à cette présence grandissante de Dieu en nous, cette présence qui nous envahit et nous transforme.
AMEN