LE SYMBOLISME DU PARFUM
Ba 2, 19-20 + 23 + 25-26 ; Mc 14, 3-11
(12 juin 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Olympie : Vase à Parfum
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rères et sœurs, le petit passage de l'évangile de Marc que nous venons d'entendre est habituellement lu juste avant la Passion parce que l'évangéliste nous situe l'épisode de l'onction de Béthanie précisément la veille des Rameaux, le samedi avant d'entrer dans la semaine sainte. Je ne veux pas maintenant réfléchir au sujet de cette relation entre l'onction de Béthanie et la semaine sainte, cela nous emmènerait trop loin. Je voudrais simplement peut-être corriger dans votre esprit une certaine signification du parfum qui était utilisé à l'époque et que nous avons perdu.
Aujourd'hui, nous avons une vision plutôt hygiéniste du parfum. Le parfum est une valeur qui est censé empêcher les odeurs désagréables, et on pense par exemple que dans l'Antiquité, quand on embaumait, c'était pour limiter les dégâts du point de vue de l'odorat, de la décomposition du cadavre. Il y a sans doute de cela. Généralement dans tous les rites, il y a toujours par derrière un aspect fonctionnel. Mais ce qui est intéressant, et c'est pour cela que Jésus fait la réflexion, c'est que même dans les rites anciens, l'embaumement n'était pas d'abord une histoire d'hygiène. On n'avait absolument pas idée d'ailleurs qu'il pouvait y avoir dans les parfums des éléments aseptisants. Ce n'était pas très sûr car c'est depuis le treizième siècle environ que les parfums sont dissous dans l'alcool, auparavant, c'était dans l'huile, ce qui est éminemment décomposable.
L'idée du parfum qui serait une sorte de procédé antiseptique, un procédé de conservation au sens banal du terme, empêcher les miasmes, etc … c'est une idée tout à fait moderne qui n'a pas grand-chose à voir dans cet épisode. Chez les anciens, pourquoi embaumait-on les corps ? C'est parce que le parfum est la forme la plus spirituelle du corps. C'est un peu différent. Ce n'est plus scientifique du tout, je vous l'accorde. Mais on considérait que, par exemple, quand une viande était sacrifiée sur un autel, qu'est-ce qui était offert à Dieu ? la forme la plus spirituelle de la viande qui était consumée sur l'autel, c'est-à-dire la bonne odeur. C'est pour cela que dans la Bible, souvent, on parle du sacrifice de bonne odeur. En fait, faire un sacrifice, c'était transformer la chair d'un animal en parfum. C'est une chose qui est restée dans nos habitudes de cuisine, la plupart du temps, quand on mange de la bonne cuisine, il y en a bien sûr pour les papilles de la langue, mais il y en a pas mal aussi pour les narines et l'odorat. C'est pour cette raison que les assaisonnements et les parfums en cuisine ont une importance énorme, il n'y a qu'à penser à notre basilic en Provence. Pour les anciens, le parfum, c'est la forme la plus subtile de la matière. Par conséquent, embaumer un corps c'est lui donner la forme de la subtilité qui équivaut pratiquement à l'immortalité. Quand on est dissout en odeur de parfum, ce qui était le processus même de l'embaumement, on acquiert une sorte d'immortalité de parfum. Le parfum est considéré comme cette forme quasi spirituelle du corps. C'est une spiritualisation du corps.
Jésus relève le geste de la femme. Quand les disciples disent : ce parfum coûte très cher, on aurait pu aider les pauvres, Jésus coupe court. Ce n'est pas d'abord un problème économique, sortons du fonctionnel et essayons de voir ce que cette femme a dit. A travers le geste du parfum répandu sur mon corps dit Jésus, elle a manifesté que mon corps allait devenir la puissance spirituelle de la résurrection pour l'humanité tout entière. C'est cela le sens du geste de la femme. La femme y avait-elle pensé elle-même ? Nous n'en savons rien. Peut-être qu'elle voulait simplement honorer Jésus, comme aujourd'hui on veut honorer quelqu'un en lui offrant un afther shave ou un parfum de marque. C'était peut-être simplement cela dans la tête de la femme, mais Jésus dit : rappelez-vous de la signification du parfum qui est la spiritualisation du corps La résurrection, c'est cela, notre corps un jour va trouver une dimension qui ne lui est pas familière actuellement, dans laquelle il sera comme le parfum qui est présent partout, qui est agréable et qui signifie comme un rayonnement de l'âme et de la personne.
Je crois que ceci peut nous aider à avoir un autre regard à la fois sur cet évangile, c'est nécessaire, mais aussi sur le sens même de notre vie. Nous réduisons tout au fonctionnel, mais effectivement, il y a des moments où il faut retrouver la gratuité d'un geste pour en prendre la profondeur et la beauté symbolique et nous rappeler le sens même de notre vie et de notre vocation profonde : devenir des corps de gloire, des corps de parfums, pour la louange de Dieu.
AMEN