LES IMPÔTS
Rm 9, 25-26 + 30-33 ; Mt 17, 24-27
(31 août 2013)
Homélie du Père Jean-Noël N'Tcha
Identité juive (Capharnaüm)
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rères et sœurs, je voudrais partager avec vous une recherche sur la pratique juive de ce qu'on pourrait appeler le denier du culte. Les disciples sont entrés à Capharnaüm, cela n'a rien d'étonnant puisque Jésus circule en Galilée. Les collecteurs du didrachme, l'impôt du temple s'approchent de Pierre qu'ils savent être le chef des disciples. Ils n'osent pas s'adresser directement au Maître qui sans doute discourait encore et qui vraisemblablement n'avait pas le temps de s'occuper des questions d'intendance ou d'impôt. "Votre Maître paie-t-il le didrachme ?" C'est donc bien Jésus qu'ils avaient dans leur colimateur. La forme sous laquelle la question est posée laisse bien entendre que ce n'est pas une taxe obligatoire, mais plutôt une contribution bénévole acquittée par tous les juifs pieux et conscients du culte au temple. C'est une sorte de denier du culte.
En effet, nous sommes en Galilée et donc hors de la juridiction directe du sanhédrin. On ne devait légalement des impôts qu'au roitelet de Tibériade et même en Judée le pouvoir religieux ne levait des taxes qu'avec la tolérance du pouvoir romain sous la coupe duquel il se trouvait. Toute la diaspora, y compris la colonie juive de Rome payait cet impôt du temple c'était un transfert de fonds assez considérable en direction de Jérusalem soi-disant pour l'achèvement du temple toujours en construction. En réalité, il s'agissait plutôt d'un prétexte pour maintenir l'unité morale de la nation juive pour éviter d'acquitter une taxe au bénéfice des dieux romains. Depuis Jules César, en effet, grand ami des juifs, la nation juive est sous la protection de la Loi romaine et elle bénéficiait d'un statut spécial à l'intérieur de la ville. Ce n'est qu'à partir de la révolte de 66 simultanément en Égypte et en Palestine, et après la destruction du temple en 70, que les juifs furent victimes de persécutions et réprimés en tant que nation. Naturellement alors, l'impôt du didrachme devenu sans objet, disparut.
Nous ne sommes pas seulement dans la ville de Capharnaüm, mais à la maison de Pierre. Pierre se souvient fort bien que Jésus a devancé ses paroles, car avant même qu'il ait ouvert la bouche, Jésus lui posait à brûle pourpoint la question suivante : "Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils taxes et impôts ? De leurs fils ou des étrangers ?" Comme quoi, les gens sans défense sont toujours exploités et sans problèmes.
Si l'on transpose cela sur le plan spirituel, le didrachme est une redevance religieuse, une affaire interne au culte. Le Fils de l'Homme et son premier ministre sont exempts de toute taxe puisque c'est eux-mêmes qui les prélèvent. Elles existent à leur bénéfice, par conséquent, ni Jésus ni Pierre n'ont à payer la moindre contribution. Cependant, pour ne pas les scandaliser, Jésus accepte de payer. C'est un grand enseignement nouveau. Dans l'avenir, les chefs religieux et les chrétiens fervents dans leur agir n'auront pas seulement à tenir compte du droit strict du droit et de l'avoir, mais aussi de la convenance morale. Ils auront à se montrer condescendants à l'égard de la faiblesse humaine. Eviter ce qui est répréhensible mais encore ce qui a l'apparence du mal, ce qui peut blesser la conscience plus faible du prochain.
On pense aussi à saint Paul qui aura des développements admirables sur ce thème et qui rejoindra l'enseignement délivré ce jour-là par Jésus. Par la réflexion qu'il fait, Jésus montre bien qu'il sait que cette taxe n'était pas réellement exigible, il aurait très bien pu ne pas payer. Il ne devait rien en conscience et personne n'aurait pu le contraindre à s'exécuter. Cependant, il va s'en acquitter pour donner l'exemple aux juifs fervents. Il ne veut surtout pas passer pour le contemplateur du temple envers lequel il nourrit depuis son enfance, tout comme bon juif qui se respecte, la plus grande affection, car ce temple est la maison même de son Père.
Puisse cet exemple nous aider à nous conduire chrétiennement envers nos lois qui régissent notre quotidien.
AMEN