SEL ET LUMIÈRE
Mi 5, 1-5 ; Mt 5, 13-19
(6 juillet 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
(réflexions sur nos défunts)

Nouvelle lumière …
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ous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde".
Frères et sœurs, ces paroles nous paraissent tellement banales, on a tellement l'habitude de les entendre, qu'on n'y réfléchit même plus. On ne se demande même plus pourquoi Jésus a choisi le sel et la lumière comme références. Vous allez voir surtout qu'en ce qui concerne la mémoire et la présence de ceux qui nous sont chers, cela nous apprend quelque chose.
En effet, qu'y a-t-il de commun entre le sel et la lumière ? Sauf comportement anormal on ne déguste jamais le sel tout seul, fut-il du sel de Guérande savoureux et délicieux. En fait, le sel sert à mettre en valeur la saveur des aliments que l'on mange. Mais c'est indispensable, surtout pour nos goûts d'occidentaux, il est impensable que nous mangions quelque chose sans sel. Vous savez l'horreur que peut constituer un régime sans sel !
Quant à la lumière, elle ne se voit pas, elle fait voir. C'est son grand mystère. La lumière est indispensable, lorsqu'on est dans la nuit on ne voit rien, mais ce qu'on voit, ce n'est pas la lumière, elle est pure transparence. Elle échappe à notre regard. Même quand on dit que le soleil est source lumineuse, nous le voyons, oui, mais nous n'arrivons pas à le fixer.
Si Jésus a pris le sel et la lumière, c'est pour bien nous faire comprendre que nous n'existons que pour faire valoir la saveur de quelque chose d'autre et que si nous sommes lumière c'est pour éclairer quelque chose d'autre. Je pense que cela s'applique très bien au mystère de la vie de nos défunts. Ils sont maintenant dans la lumière, même si nous ne les voyons plus. Même si nous ne pouvons plus avoir cette présence comme nous l'avions auparavant, ils sont vraiment sel et lumière.
Ils sont sel parce qu'ils nous font découvrir une autre dimension de la vie, une saveur que nous ne connaissions pas. Nos défunts, tout à coup, nous font découvrir la saveur, une certaine dimension de la vie, que nous ne connaissions pas. Je sais que vous allez me dire : oui mais c'est une dimension triste, c'est l'amertume, c'est ce qui pèse sur le goût, mais pas seulement. Il y a une sorte de tonalité profonde de la présence de nos défunts qui ne sont pas simplement des souvenirs, mais une vraie présence dans laquelle ils nous disent : même si tu pleures à cause de mon absence, je veux que tu goûtes quelque chose de la vie, de la communion avec moi que tu n'avais jamais connue auparavant. Je suis là, moi, dans ton cœur, comme le sel, pour te faire découvrir de nouvelles dimensions de la vie, de nouveaux appels, de nouveaux désirs, plus profonds, plus vrais, une communion plus authentique.
La lumière c'est la même chose. Si nous prions nos défunts, ce n'est pas simplement comme une bonne vieille habitude qui disait que c'était pour le salut éternel, pour le repos de leurs âmes … cette compassion et cette miséricorde de Dieu un peu mathématique n'est pas tout à fait ce qui est le meilleur dans notre manière de prier pour les défunts. Ils ont découvert une nouvelle lumière qui s'est posée sur eux, celle que Dieu avait fait briller sur eux dans leur vie, jusque dans leur mort, tout à coup a pris un éclat nouveau. Nous bénéficions nous-mêmes de cette lumière car aujourd'hui, qui d'entre vous nierait que quelques mois après le décès d'une épouse, d'un père, d'un mari, d'un fils, d'un frère, qui nierait que ces personnes ne nous sont pas apparues maintenant sous un jour nouveau que nous n'avions pas soupçonné, pas simplement en feuilletant des photos ou des vieux papiers, mais ils sont présents dans une lumière nouvelle.
Cela ne retire pas les larmes ni le deuil, cela ne retire pas la peine. Mais cela nous apprend et nous aide petit à transformer notre regard, à ne pas voir simplement par la lumière du soleil, mais à voir toutes choses par la lumière du cœur.
AMEN