LA LOI DU ROYAUME
Sg 9, 13-18 ; Mt 5, 33-48
(6 juillet 2012)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Qui s'y frotte s'y pique !
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rères et sœurs, depuis quelques jours, nous avons commencé la lecture courante de l'évangile de saint Matthieu et par les Béatitudes nous a été offert le début de cet évangile. Ce discours inaugural de Jésus est paradoxal. Il ne nous propose pas un programme facile à réaliser et raisonnable, mais plutôt un programme impossible.
Hier, nous entendions cette parole : "Si ton œil te scandalise arrache-le et jette-le, si ta main te scandalise coupe-la et jette-la". Il est bien évident que ce n'est pas la réalisation matérielle de ces paroles qui nous fait entrer dans le Royaume de Dieu. Dès le début de cette lecture, nous avons été frappés par ce qu'on appelle les Béatitudes. C'est le moment où Jésus propose comme fil directeur de notre union avec lui que le bonheur nous soit donné. Mais c'est le bonheur dans l'adversité : "Bienheureux ceux qui sont pauvres, ceux qui n'ont rien, bienheureux ceux qui pleurent, bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice, bienheureux ceux qui sont persécutés". Voilà le programme proposé par Jésus. Accepter toutes les négativités du monde et les porter comme des joies.
C'est pourquoi il peut ensuite nous dire, et c'est ce que nous venons de lire aujourd'hui : "On vous a dit, tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi, œil pour œil et dent pour dent". C'est la justice telle quelle qui empêche la croissance du mal. Si on nous demande de donner plus de mal à ceux qui nous ont fait du mal, cela engendre la croissance du mal qui ne s'arrêtera jamais. Déjà donc, l'Ancien Testament nous propose une compréhension plus limitée de ne pas donner plus de mal que l'on en a reçu.
Jésus va dépasser cette règle et il dit : "Tu aimeras tes ennemis". Tu aimeras ceux qui tu haïssent, et là nous touchons à la chose la plus difficile : pardonner à ceux qui nous font du mal, et plus encore pardonner à ceux qui font du mal à ceux que nous aimons et à nos amis. C'est le dernier mot de ce crescendo du texte de saint Matthieu : aimer ses ennemis, rendre le bien pour le mal, pardonner ! A ce moment-là, il ne reste plus qu'une phrase à dire et qui résume tout : "Comme votre Père du ciel est parfait, soyez parfaits".
Oui, Dieu seul peut pardonner le mal qu'on nous a fait ou qu'on lui a fait, Dieu seul peut préférer la vérité à l'à peu près, Dieu seul peut vouloir que nous soyons les amis de nos ennemis. C'est le programme du Royaume, c'est ce qui nous sera proposé au jour de notre mort : "As-tu aimé ceux qui te haïssaient ? Es-tu prêt à les aimer ?" c'est cela la béatitude et le bonheur éternel.
AMEN