JE NE TE LÂCHERAI PAS !
Sg 7, 21-26 ; Mt 5, 1-12
(30 juin 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Eglise des Béatitudes
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rères et sœurs, le texte que nous venons d'entendre a été souvent considéré à juste titre comme la charte de la vie chrétienne. Jésus commence son ministère, sa prédication, sa mission auprès du peuple, et dans cet évangile, le premier mot qu'il dit à ces foules, des pauvres, des humbles, des gens plus qu'ordinaires, des gens démunis qui en ont vu de toutes les couleurs, il leur dit par huit fois : "Heureux". On ne doit pas se cacher le côté paradoxal de cette annonce, car ceux à qui il dit "heureux, ou bienheureux", sont pour la plupart des gens qui ont connu la peine, le malheur, la souffrance, le deuil, comme nous.
Pourtant, quand Jésus les rencontre, la première chose qu'il leur dit c'est cela. Il leur dit "heureux" précisément en sachant bien ce pas quoi ils sont passés. Il dit : heureux ceux qui sont pauvres de cœur, heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui sont persécutés, heureux ceux qui essaient de faire la paix, heureux tous ceux-là qui habituellement sont considérés comme des gens défavorisés, démunis, perdus, des pommés de la vie. Cela devrait nous faire réfléchir. Quand Dieu se donne la peine de venir parler aux hommes les plus démunis, il ne lâche pas prise, il veut le bonheur de ces hommes qui sont autour de lui. Si nous sommes ici ce matin dans cette église, quelles que soient les épreuves par lesquelles nous sommes passés, et Dieu sait qu'elles sont lourdes, c'est ce mot-là que nous sommes invités à entendre. Même s'il peut nous faire mal, même s'il peut nous évoquer tout le bonheur que nous aurions pu avoir et que nous n'avons pas eu. Dieu ne lâche pas prise, Dieu continue à dire : heureux.
Bien entendu, Dieu est suffisamment intime au plus profond de notre cœur pour savoir que ce bonheur se paie cher, mais lui ne lâche pas. Et cela vaut d'abord pour ceux qui nous ont quitté, car Dieu les a pris par la main. Il les a pris dans leur souffrance, dans leur faiblesse, dans leur dénuement et peut-être dans leur angoisse face à la mort. Il y a un verset dans l'Écriture qui dit : "Si je franchis le ravin de la mort, tu es là près de moi". C'est le fait comme nous le savons, que le bonheur vient de la présence de celui ou de celle qui nous aime. Le Christ revendique la même chose pour lui parce qu'il est là comme celui qui nous aime, qui sait ce qu'est notre souffrance, celui qui sait ce qu'est notre mort et il nous dit : quoiqu'il t'arrive, je ne te lâcherai pas sur l'enjeu profond de ta vie, ton bonheur.
Il nous dit cette parole à nous aussi, et c'est là que nous avons le plus de mal à l'entendre parce qu'il peut nous sembler que dans des moments aussi terribles que ceux que nous traversons, le bonheur est une illusion radicale de la vie humaine. Tout ce que nous aurions voulu, tout ce que nous tenions comme bonheur, subitement a été détruit et nous ne savons pas à qui nous en prendre, et parfois même nous avons envie de nous en prendre à Dieu. Et pourtant, le Christ est là, et il nous dit que ce bonheur nous ne l'avons pas obtenu de la manière que nous souhaitions. Peut-être que la mort, la souffrance, l'incompréhension ont anéanti ce bonheur, il était légitime, il était beau, il était grand, et peut-être que j'en étais la source, mais quoiqu'il arrive, je ne renonce pas dit Jésus.
Frères et sœurs, il faut comprendre que Dieu est encore plus têtu que nous quand il s'agit du bonheur et il ne veut pas nous lâcher. Il sait à travers quelles épreuves, quels moments d'abandon, d'obscurité, d'aveuglement nous sommes parfois obligés de passer. Par quels moments (appelons cela de la résignation), de souffrance il faut passer et cependant, il nous dit : de toute façon, je marcherai toujours à tes côtés et je te tiendrai toujours par la main. C'est le sens des béatitudes : un Dieu qui ne nous lâche jamais, quoiqu'il arrive.
AMEN