L'INTELLIGENCE DU SERPENT
1 Co 12, 24-30 ; Mt 10, 1-16
(19 juillet 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Serpent rusé !
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rères et soeurs, il y a deux manières de lire cet évangile, il y a la manière ancienne et la manière moderne. Commençons par la manière ancienne. Je pense que les auditeurs de l'évangile de Matthieu, très probablement la plupart d'origine juive, devaient avoir l'oreille attirée par deux choses qui font référence à deux histoires extrêmement importantes dans le livre de la Genèse : la référence à Sodome, et ensuite la référence à ce fameux serpent intelligent. Ces deux références dans le contexte que nous venons de lire ne sont pas innocentes. Ce que veut dire Jésus, c'est que le meilleur moyen de rencontrer les gens, c'est de ne pas se montrer autonome et autosuffisant, mais c'est de leur montrer qu'on a besoin d'eux.
Cela répond exactement aux deux textes cités, à la fois la référence au péché originel, et la référence aux anges qui ont été accueillis par Abraham. Que pouvait entendre un homme antique quand on lui parlait de ce fameux serpent rusé ? Je ne vais pas m'étendre sur les termes en grec et en hébreu, mais c'est la même description du serpent par Matthieu et du serpent dans la Genèse. Sauf que cette intelligence n'est pas mise au service de la même chose. Le serpent met son intelligence au service de la destruction de la communion qui existe entre Dieu et l'homme. Cette intelligence est mise au service d'une autonomie jusqu'à l'autosuffisance : je n'ai pas besoin des autres, et pire encore, les autres m'empêchent de devenir ce que je dois devenir.
Vous aurez remarqué que l'intelligence du serpent dans le texte de Matthieu n'est pas du tout mise au service de l'autonomie et de l'autosuffisance, bien au contraire, les apôtres sont envoyés en tant que dépendant des gens chez qui ils vont loger. On peut dire que l'intuition de base de saint François d'Assise se trouve exactement dans ce texte. Si moi, François d'Assise je veux vivre en communion avec mes frères et mes sœurs, le meilleur moyen ce n'est pas d'être autonome et autosuffisant dans mon monastère, c'est de me mettre en situation de dépendance de toutes ces familles et de tous ces gens que je vais rencontrer. D'ailleurs s'il y avait une communauté aujourd'hui qui pourrait dire la même chose, c'est la communauté des sœurs de l'Agneau. Cette communauté de sœurs qui n'a rien va sonner aux portes des immeubles et des maisons pour recevoir de quoi manger. Elles ne viennent pas annoncer Jésus-Christ, elles ne viennent pas vous vendre je ne sais quel livre, elles viennent demander de quoi manger ! Dans cette situation, elles nous l'ont dit, les gens ouvrent et donnent car ils sont heureux de découvrir qu'ils ont quelque chose à donner à quelqu'un qui passe et leur demande.
C'est la première chose vis-à-vis du serpent et vous comprenez que cette analyse continue exactement dans l'épisode des messagers qui viennent visiter Abraham. Ces deux textes, l'apparition des anges à Mambré et d'autre part Sodome, sont deux textes qui se répondent parfaitement. D'un côté, quelqu'un qui accueille des étrangers, et de l'autre côté, des gens de Sodome qui n'accueillent pas des étrangers. C'est la lecture de l'homme antique, mais vous en devinez bien la modernité. En relisant cela d'une manière plus neuve, car vous pourriez me dire : faut-il se promener avec une seule tunique, les pieds, nus, etc … Comment lire aujourd'hui ce que je viens de dire? Peut-être que cela va prêter à sourire, j'y pensais en entendais cet évangile avec vous, je ne sais pas si vous lisez cet excellent journal qui s'appelle La Provence, hier ou avant-hier, il y avait un article très intéressant sur ce qu'on appelle le "co-voiturage". La planète est en train de mourir, il faut prendre les transports en commun même quand ils sont en grève ou quand ils ne roulent pas, mais on a inventé depuis une dizaine d'années ce qu'on appelle le co-voiturage. A quoi cela sert-il d'aller à Marseille tout seul dans sa voiture ? Mieux vaut se mettre en lien avec d'autres personnes, pour partager ce moment.
L'instinct qui a présidé à la fondation de ce genre d'initiative n'est pas si éloignée de ce que je viens de dire. Je peux être dépendant de quelqu'un. Et quand on lit le témoignage de certaines personnes qui utilisent ce moyen de transport depuis des mois et des années, ils vous disent qu'ils ont découvert des gens. Ils ont découvert que la vie humaine ce n'était pas être les uns à côté des autres comme cette société semble nous le dire, mais qu'au contraire, à travers des besoins communs, nous pouvons créer des lieux de communion et de relation. Je ne veux pas vous dire que tous ces gens sont des chrétiens sans le savoir, car ce n'est pas le but de l'opération. Ils ont quand même découvert comme ces gens qui viennent sonner à la porte de la maison pour demander de quoi manger, que le cœur de l'homme a besoin d'être partagé et qu'il ne peut pas vivre tout seul.
Que nous sachions mettre notre intelligence non pas pour notre propre autonomie et notre propre autosubsistance, mais que nous sachions mettre notre intelligence au service de l'édification et de la communion de notre paroisse mais aussi de notre communauté quelle qu'elle soit.
AMEN