DEVENIR PAIN

Jb 19, 13-27 ; Mt 14, 13-21

(17 août 2010)

Homélie du Père Jean-Noël N'TCHA

Les enfants aussi ont faim de la Parole

 

F

rères et sœurs, à notre époque, on aurait compté les femmes et les enfants sans compter les hommes ! Parce qu'aujourd'hui, je crois que c'est la femme qui va sauver notre société, notre monde, notre Église. Que les garçons comme moi me pardonnent, c'est la réalité.

Nous venons de lire une péricope de l'évangile de saint Matthieu, qui intéresse beaucoup l'homme. L'homme est en quête de bonheur, et le premier signe de bonheur, c'est d'abord le manger et le boire. Le pain dont il est question dans l'évangile, d'après les théologiens, est un symbole, un signe qui symbolise ou qui va symboliser plus tard l'eucharistie que Jésus donne de lui-même pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance. Je ne voudrais pas m'étendre sur ces considérations théologiques mais je voudrais relever quelques implications pratiques que nous pouvons retenir de cet évangile.

"Donnez-leur vous-même à manger". Voilà la réponse que donne Jésus à l'inquiétude des disciples. Le Seigneur nous embauche et il a besoin de nous. C'est un des paradoxes de Dieu, nous ne pouvons rien faire sans lui, et il lui plaît de ne rien faire sans nous. Il aurait pu faire pleuvoir la manne du ciel comme jadis Dieu le fit avec le peuple d'Israël en marche vers la Terre Promise. Mais là, Jésus avait besoin de l'homme. Merveille de Dieu si puissant et si humble. Merveille de Dieu si fort, si doux, merveille de Dieu qui compte sur chacun de nous et nous invite à devenir acteurs avec lui. "Il eût pitié de la foule", et ainsi, il nous confie les uns aux autres. Il nous demande de nous soutenir, de nous nourrir mutuellement : "Donnez-leur vous-même à manger".

Quel pain donner à mon frère ? Quel pain donner à ma sœur ? Quel pain donner à mon époux, à mon épouse ? Par le don de moi-même. On aura beau tout donner, si on ne se donne pas soi-même, on n'a rien fait encore. C'est par le don de moi-même, par mon sourire, ma bienveillance, mon attention, par ma tendresse, et surtout par mon pardon, par ma prière et l'offrande de moi-même avec Jésus et en Jésus que je deviens pain pour les autres.

Voilà l'enseignement que j'ai pu retirer de cet épisode de l'évangile et j'espère que cet enseignement pourra nous accompagner tout au long de notre vie. C'est l'actualisation des miracles que Jésus a accompli et tout ce qu'il a fait, il nous demande de le faire en mémoire de lui : "Faites ceci en mémoire de moi". Actualiser les miracles … et je crois cette pensée de saint Augustin illustre fort bien ce passage de l'évangile : "Dieu qui nous a créé sans nous mais il ne peut plus nous sauver sans nous". C'est impossible, et c'est là où nous admirons l'infinie puissance de Dieu. Dieu ne peut plus rien faire sur la terre sans l'homme. Demandons-lui la grâce d'être toujours des instruments disponibles dans sa main pour continuer ses œuvres de bienveillance et de miséricorde.

 

 

AMEN