LE TRÉSOR DE L'ÉCRITURE

Jb 18, 5-12 + 16-19 ; Mt 13, 44-50

(16 août 2010)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

La lente "rumination" de la Parole de Dieu

 

F

rères et sœurs, nous venons d'entendre la finale de cette section de saint Matthieu qui est consacrée aux différents discours paraboliques. Je ne reviendrai pas sur ce qui a pu être dit cette semaine concernant les paraboles. J'aurais voulu attirer plus précisément votre attention sur la question de l'interprétation des Écritures et peut-être dire des choses simples, faciles, mais de temps en temps cela fait du bien. En finissant l'évangile que nous avons entendu, la liturgie ayant supprimé le dernier verset, le conclusif de cette section qui me semble cependant important je vous le lis. Voilà ce verset manquant : "Avez-vous compris tout cela ? (il s'agit des paraboles). Oui, disent les disciples à Jésus, qui leur répond : ainsi donc, tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est semblable à un propriétaire qui tire de son trésor du neuf et du vieux".

Ce que je voudrais faire ici, c'est dénoncer deux tentations qui nous guettent. La première, c'est l'interprétation littérale de l'Écriture, cette idée selon laquelle la Parole s'impose à moi, directement, dans l'immédiateté, et que par conséquent, essayer de perdre du temps dans des considérations textuelles, narratives, etc … n'a aucune espèce d'importance. La Parole de Dieu vient s'imposer directement sans aucune interprétation et les choses sont comme elles sont et pas autrement. C'est la porte ouverte à ce que nous appelons les intégrismes qui n'existent pas uniquement dans les autres religions, mais qui ont aussi existé dans la religion chrétienne et qui peuvent encore guetter maintenant beaucoup de chrétiens.

La deuxième tentation est à l'extrême inverse, d'être tellement dans les considérations textuelles de l'écriture du texte, de l'exégèse, de l'interprétation du texte en tant que tel, qu'on oublie la raison pour laquelle la Parole de Dieu nous a été donnée. En fait, ce que je dis peut être expliqué à travers l'évangile que nous venons d'entendre sur le trésor. Quand on a un trésor, on peut être tenté par deux choses, soit le piller, sans faire attention et mal l'utiliser, c'est la tentation intégriste, une lecture littérale et à l'extrême inverse, certains sont tentés comme Harpagon, de garder tellement bien le trésor dans une cassette, de le regarder tous les jours, d'en prendre les mesures, de compter exactement le nombre des pièces que l'on possède, sans jamais l'utiliser. C'est peut-être la tentation trop intellectualisante de celui qui connaît bien l'Écriture mais qui ne l'utilise pas. La bonne utilisation du trésor, de l'Écriture, c'est humblement regarder le trésor tel qu'il est ni plus ni moins, et de savoir en faire bon usage.

Je finirais en revenant sur le verset que je viens de vous lire. Jésus dit : "Tout scribe devenu disciple du Royaume". Un scribe c'est quelqu'un qui doit faire une interprétation du texte. C'est tout. Je ne sais pas si vous en souvenez, il y a un scribe très célèbre que l'on trouve dans l'évangile de Marc, si mes souvenirs sont bons, au chapitre douzième. Ce scribe va faire la relation entre deux textes bibliques et Jésus a cette phrase très belle : "Tu n'es pas loin du Royaume". Les gens se taisent quand Jésus lui dit cela parce qu'ils se disent que ce scribe a trouvé quelque chose ! Ce scribe a compris la Parole de Dieu et il sait, dans un premier temps, faire le lien entre différents passages. Relier les différentes paroles de Dieu entre elles … et Jésus lui dit : tu n'es pas loin du Royaume. Que faut-il donc pour que le scribe ne soit pas simplement à côté du Royaume, pas loin du Royaume, mais qu'il devienne disciple du Royaume ? Simplement qu'il soit capable après avoir travaillé d'arrache-pied, de s'être mis humblement aux pieds des Écritures, d'avoir relié les Écritures entre elles. La touche finale, c'est relier les Écritures avec sa propre vie, sa propre histoire personnelle. C'est là que le scribe passe de celui qui n'est pas loin du Royaume à celui qui est véritablement disciple.

Frères et sœurs, il faut éviter les deux tentations, la première qui est de se noyer dans les Écritures et de ne jamais franchir le dernier pas, l'autre est de croire qu'il suffit d'être disciple et de mépriser la lecture et surtout le travail et de se laisser pénétrer par la Parole de Dieu.

Que cette conclusion de ce long chapitre de saint Matthieu soit pour nous l'occasion de considérer l'interprétation comme un véritable travail, de revenir sans cesse dessus, et comme je le disais il n'y a pas très longtemps dans un sermon, considérer que c'est à l'image du grain qui travaille dans la terre et qui prend son temps pour pousser. C'est toute la différence entre le littéralisme, l'intégrisme qui peut nous guetter, et la véritable interprétation des Écritures dans un premier temps, patience, humilité par rapport à l'Écriture, désir de comprendre l'Écriture telle qu'elle est pour ensuite la relier à notre propre vie et y découvrir le travail de la grâce de Dieu dans la vie de chacun d'entre nous.

 

 

AMEN