RISQUER LA LIBERTÉ
Ap 21, 9-10+22-26 et 22, 1-2 ; Mt 25, 14-30
(29 novembre 2007)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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rères et sœurs, à travers cette parabole, Jésus nous remet au cœur même de ce qui devrait constituer notre attitude de chrétien. En effet, ce mauvais serviteur, ce serviteur timide et peureux c'est l'image même d'une certaine modernité. C'est la garantie, à tout prix, tirer le parapluie contre tous les dangers, fonctionnariser le service, faire qu'il n'y ait pas de souci ni d'inconvénient, au besoin, cacher tout dans la terre pour qu'il n'y ait aucun risque.
C'est donc ce serviteur qui est très moderne, celui qui prend toutes les garanties voulues, ainsi le maître à son retour, ne pourra pas se plaindre. Précisément, il n'a rien compris. Il n'a pas compris que la vie chrétienne était fondamentalement un risque. Ce risque est double et c'est ce que montrent les deux autres serviteurs.
Les deux autres serviteurs d'abord, acceptent le fait que le maître ne soit pas là. C'est pendant l'absence du maître que les serviteurs considèrent qu'ils sont mis pleinement devant leurs responsabilités. C'est une chose tout à fait différente parce que le maître n'est pas là, il faut que l'entreprise, la propriété du maître continue à prospérer. C'est donc le sens de la responsabilité, c'est-à-dire : ce que le maître nous a laissé entre les mains, ce n'est pas simplement pour nous que nous essayons d'en gagner quelque chose, mais c'est essentiellement pour le maître. C'est donc le vrai sens de la création. Le monde créé peut nous apparaître comme un monde dans lequel Dieu est absent. C'est vrai qu'on ne le voit pas, c'est vrai aussi que beaucoup s'en plaignent. Il n'empêche que les chrétiens savent que cette absence apparente du maître en fait, implique que la création lui appartient toujours, et il l'a confiée dans nos mains. L'absence, loin d'être un motif de découragement, est au contraire une manière de responsabiliser l'homme. L'absence de Dieu n'est pas la bonne raison pour se démettre et pour se lamenter, l'absence du maître, c'est la raison même pour laquelle les chrétiens, les serviteurs doivent faire fructifier les talents. Nous sommes plus que jamais responsables de la création puisque le maître nous l'a confiée.
Le deuxième motif qui justifie l'activité des serviteurs, c'est qu'ils ont compris que cette création était confiée à leur liberté et que cette liberté dans son exercice n'allait jamais sans risque. Si les talents sont confiés, il faut oser les faire fructifier. Il y a des risques. Quand on joue en bourse, les actions peuvent tomber ! Donc les serviteurs n'excluent pas qu'il puisse y avoir des revers, mais ils considèrent que le fait de risquer au nom de la responsabilité que leur a donnée le maître, était plus important que le fait comme le troisième serviteur, d'enfouir le talent dans la terre.
Si on voulait prolonger la parabole des talents, on pourrait imaginer un quatrième serviteur qui dirait, tu m'as confié deux ou trois talents, j'ai tout essayé, ça n'a pas marché, je n'ai plus rien. Donc, j'ai moins encore que le troisième serviteur. Je crois que dans la conception de la parabole, le maître lui dirait : écoute, tu as véritablement pris tous les risques qu'il fallait avec ta liberté, tu n'as pas négligé l'esprit dans lequel je t'avais confié ces talents. Tu as perdu, ce n'est pas grave, entre quand même dans la joie de ton maître.
Frères et sœurs, l'évangile n'est pas cette espèce de sécurisation du trou au fond de la terre, ce n'est pas la mentalité du fonctionnaire qui se dit : pourvu que le salaire tombe à la fin du mois et je maintiens le strict minimum, c'est au contraire le fait que la liberté que Dieu nous a donnée, est une liberté qui doit se montrer digne de lui. De même que lui a pris le risque de nous créer et de nous confier la création, à nous de prendre le risque de gérer et de vivre dans cette création à la hauteur de notre liberté.
AMEN