OU COMMENCE LA VRAIE FOI ?

2 Tm 1, 7-11 ; Mt 14, 22-36

(24 août 2007)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, ce petit récit qui est là dans un épisode du moment où Jésus commence à remporter un certain succès dans les foules en Galilée, ce petit épisode a surtout pour but une valeur pédagogique il s'agit de nous montrer quelle est la condition du possible face au mystère de Jésus.

En fait, c'est presque une réflexion au deuxième degré sur la vie des croyants dans les débuts. Effectivement, dans les débuts de l'Église, Jésus est dans le cœur du Père, ressuscité, donc les disciples éprouvent cette distance entre leur propre vie et le maître, leur Seigneur qui ne partage plus avec eux cette vie comme avant. Ceci est symbolisé par l'intimité, la prière de Jésus sur le rivage et la situation de combat et de lutte des disciples avec la tempête dans la barque. On se trouve ici devant cette petite réflexion : comment maintenant peut-on continuer à croire alors que nous nous débrouillons avec la tempête, et que le Seigneur ressuscité est apparemment loin de nous.

La situation se complique à partir du moment où le Seigneur s'avance vers eux un peu comme une apparition du ressuscité. Ils croient voir un fantôme, ils ne le nomment pas, ils ne le reconnaissent pas et cependant, Il est là. Par conséquent, même si on lutte contre la tempête, dans les flots, en réalité, le Seigneur est là présent, tout près de ses disciples. Apparemment, Il les a envoyés sur l'étendue de la mer, Il les a envoyés dans le monde, et à partir où ils doivent affronter des situations difficiles, le maître est là. Seulement comment réagir vis-à-vis de cela ?

C'est là peut-être que le récit est assez fin pour nous aider nous-mêmes à trouver la véritable attitude de foi. Car le premier mouvement de Pierre pourrait paraître le bon : "Seigneur ordonne que je vienne à toi". On retrouve ici cette attitude de Pierre très fréquente, le fonceur, celui qui veut en faire plus que les autres, et donc lui, est prêt à affronter les flots: "Seigneur ordonne que je vienne à toi si c'est bien toi". Et apparemment, il le fait, sauf que cette foi qui ne vient que de son fond propre, tourne court, dès qu'il réalise la situation dans laquelle il est, il retrouve sa pesanteur qui le fait commencer à s'enfoncer dans les flots.

On a là une critique d'un comportement de la foi qui voudrait trop miser sur une sorte de pouvoir qu'on aurait sur le Christ : si c'est toi, tu n'as qu'à faire ce qu'on attend de toi, nous faire faire l'impossible. C'est au moment où Pierre réalise la pauvreté et la détresse dans laquelle il est et qu'il l'explique en disant : "Sauve-moi", qu'à ce moment-là effectivement, la présence du Christ se fait la plus profonde, Il le prend par la main et le tire de la situation dans laquelle il est. C'est là que commence la foi. La foi n'est pas cette espèce de prétention de pouvoir manipuler un secours qui vient d'ailleurs, du ciel, mais la foi de Pierre, elle est dans le moment où il éprouve sa fragilité et sa détresse. C'est à ce moment-là que le Christ lui donne la main et le sauve.

C'est une réflexion sur notre foi. On peut avoir les deux types de comportement de croyant, mais il y en a un qui n'est pas la vraie foi, c'est la foi qui sous prétexte de bonne volonté en réalité récrimine et cache une volonté de puissance qui est tout à fait suspecte. On veut mettre la main sur Dieu, c'est vraiment cela. L'autre comportement qui est beaucoup plus simplifié et clarifié, c'est le moment où l'on connaît ses limites, on n'a plus de ces prétentions. On croit non pas pour avoir prise sur Dieu, mais on croit pour être sauvé. La foi nous conduit à cette considération à cause de la situation où l'on est, dans la fragilité, dans la pauvreté, dans la détresse, là commence la véritable expérience de la foi.

Frères et sœurs, je crois qu'il n'y a pas besoin de vous faire un dessin, c'est effectivement souvent sur ces deux registres que se joue notre expérience de croyants aujourd'hui. Nous sommes parfois trop prétentieux, trop convaincus que nous possédons la bonne solution, que Dieu doit faire comme ça et que tout ira bien. En réalité, ce n'est pas vrai, c'est que nous n'avons pas encore fait suffisamment l'expérience de notre pauvreté et de nos limites devant Dieu pour mesure que le premier geste de la foi, c'est une confiance à partir de l'homme qui a perçu sa détresse et sa fragilité. C'est ce qu'aussi bien dans l'Ancien Testament que le Nouveau Testament nous dit à propos de la mort. La mort, c'est d'abord cette expérience que l'homme ne tient pas sa vie entre ses mains, qu'il ne maîtrise pas son existence, et que devant ce mystère, l'homme n'a plus qu'une solution : sentant la réalité de son être et de sa vie chancelante sous ses pas, il se tourne vers son Dieu en criant dans la foi : "Seigneur, sauve-moi".

 

AMEN