SEULE LA GRÂCE REND L'ARBRE BON !

1 Tm 4, 1-5 ; Mt 12, 33-37

(9 août 2007)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, vous l'avez remarqué, ce petit texte nous paraît familier, pourtant, il est plus complexe qu'il ne semble à première vue. En effet, nous avons l'impression qu'il doit être interprété d'après la sagesse populaire, si les gens font du bien, ce sont des gens pleins de bonté, s'ils font du mal, ce sont de mauvaises gens. Par conséquent on en reviendrait à des critères de jugement sur les personnes en fonction de leurs actes. Cette appréciation n'est pas très évangélique parce qu'elle semble simplement dire que la qualité de la vie et des actes dépend uniquement du cœur humain. L'homme par son cœur, source même de ses actes, et la valeur même des paroles ou des actes que nous posons, sont dépendants de nous. Cela risquerait d'être un enseignement qui nie la puissance de la grâce, puisque cela dépendrait uniquement de la qualité de ce que nous sommes.

Il est bien évident que si ce texte devait être lu simplement à ce niveau-là, ce serait un petit texte de sagesse humaine comme en trouve chez Confucius, ou chez les penseurs grecs, donc cela n'aurait pas tout à fait la signification que nous pouvons penser du point de vue chrétien.

Il faut donc faire très attention par l'introduction de ce texte qui est assez paradoxal parce qu'en fait c'est là le vrai paradoxe, il dit : "Rendez un arbre bon, et son fruit sera bon. Rendez un arbre mauvais, et son fruit sera gâté". C'est sans doute cela la clé du problème car chacun sait qu'on ne peut pas rendre un arbre bon, ni un arbre mauvais. Ce n'est pas dans le pouvoir de l'arbre de se rendre bon ou de se rendre mauvais. C'est comme cela qu'on peut comprendre cette parole assez mystérieuse de Jésus, Il nous met devant le fait qu'on n'explique pas par des pouvoirs humains ou par une sorte de discipline intérieure, ou par des espèces de purs progrès de gymnastique spirituelle, le projet de s'améliorer.

Cela touche un des aspects les plus désespérants de notre vie, c'est ce que je remarque souvent quand les gens viennent se confesser, ils disent : je ne fais pas de progrès. De fait, on ne fait pas de progrès. Ce n'est pas nous qui rendons l'arbre bon, ce n'est pas nous qui améliorons la qualité de la production. De ce point de vue-là l'évangile n'est ni productif, ni une méthode pour s'améliorer.

Peut-être que cela nous irrite ou nous désespère, que cela nous désole, mais c'est la réalité. Le fait de rendre l'arbre bon c'est uniquement le fait de Dieu, l'affirmation radicale est première, c'est la grâce. Ce qui doit faire un peu le cœur de notre prière, ce n'est pas de vouloir gérer à partir de notre bien, de notre savoir-faire, de notre bonne volonté, des actes bons, mais c'est de nous laisser reprendre, emmener et corriger par la grâce de Dieu. C'est lui seul qui peut rendre l'arbre bon. C'est pour cela que Dieu est venu nous sauver. Au fond, le fait de sauver, le salut de Dieu, ce n'est jamais que le fait que Dieu rende ces arbres que nous sommes, alors qu'habituellement ils sont plutôt médiocres de qualité et de production, de les rendre bons, non pas par notre propre capacité, mais par la capacité de la grâce de Dieu.

 

AMEN