LES CINQ DISCOURS DE L'ÉVANGILE DE MATTHIEU
Ep 4, 1-13 ; Mt 9, 9-13
(21 septembre 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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ous savez frères et sœurs, qu'il y a un genre littéraire qui se vend très très bien dans notre société : ce sont les confessions. Généralement, quand sur la table d'une librairie on voit marqué "confessions", on se dit : oh ! là là, ça va être croustillant ! Et à ce sujet, je me souviens d'avoir entendu cette réflexion dans une Fnac, quelqu'un qui tombe sur les confessions de saint Augustin, et qui se dit : chouette, on va apprendre tout sur ses turpitudes et qui en parcourant assez rapidement le livre se rend compte que saint Augustin n'aborde en aucun cas ses turpitudes.
Ceci pour vous dire que le mot "confession" n'est pas uniquement à prendre dans le sens de faire état de tous ses péchés et de toutes ses turpitudes, mais le mot confession dans l'acception du terme augustinien, c'est avant tout confesser la grâce et la puissance salvatrice de ce Dieu qui vient dans ma vie me sauver là où j'en suis. Pourquoi est-ce que je vous dis cela ? Parce qu'à mon sens, l'évangile de Matthieu a cette marque d'une confession, de la vraie confession. De cette confession qui est de rappeler que nous croyons en un Dieu qui à chaque instant, a voulu traverser le voile de sa transcendance pour venir sauver l'homme, déjà dans l'Ancien Testament, et puis, le fait que l'évangile de saint Matthieu s'ouvre sur un nouveau voile déchiré, celui de l'Incarnation, comment Dieu, en s'incarnant vient dans son désir de rencontrer l'homme. Tout à l'autre bout, il y a la mort, et comment Matthieu nous rappelle qu'au moment de la mort du Christ, le voile du temple se déchire. Oui, frères et sœurs, même au moment ultime où nous avons l'impression qu'un mur infranchissable se dresse entre nous et la personne aimée, dans ce cas-là, le voile du temple se déchire, et même au cœur de la mort, le Christ n'est pas séparé de l'homme.
Matthieu est donc justement un homme, peut-être justement parce qu'il a bien vécu dans le péché et dans sa vie de publicain, Matthieu est un homme qui est extrêmement soucieux de communion, à la fois dans la rencontre de l'homme avec Dieu, mais aussi dans la rencontre que nous appelons nous maintenant le Nouveau Testament, et l'Ancien Testament. Parmi les évangélistes, saint Matthieu est celui qui sait le mieux faire dialoguer l'Ancien et le Nouveau. Si vous me le permettez frères et sœurs, j'aurais voulu d'une manière assez rapide, faire converser ce livre extraordinaire que nous lisons maintenant depuis plusieurs semaines, c'est-à-dire le livre de l'Exode, qui raconte justement la manière dont Dieu sauve son peuple, et faire converser ce livre de l'Exode avec l'évangile de Matthieu.
Assez rapidement les Pères de l'Église ont remarqué que l'évangile de Matthieu est découpé en cinq parties. La première partie, c'est le discours sur la montagne, la deuxième partie, c'est le discours apostolique, la troisième partie c'est le discours parabolique, la quatrième partie, c'est le discours ecclésiastique, et la cinquième partie est le discours eschatologique. Ce qui est remarquable, c'est que dans ces différentes parties, Matthieu s'attache à montrer la continuité entre l'Ancien Testament et le Nouveau Testament, et par conséquent, la continuité du projet de Dieu sur l'humanité, sur toute sa création. Ainsi, pour résumer, dans le discours sur la montagne, Matthieu nous rappelle que Jésus dit : "Je ne suis pas venu abolir la loi mais l'accomplir". Jésus ne se pose pas comme un homme de rupture, mais comme un homme de communion qui rappelle que l'Église qui est attentive à ce discours sur la montagne, est composée à la fois de juifs et de païens. Et comment ne pas se souvenir de ce texte très beau que nous avons entendu il y a quelques jours, qui nous raconte la rencontre entre Moïse l'hébreu et d'autre part son beau-père Jethro, qui lui, est païen. Déjà dans l'Ancien Testament, nous est rappelé que Dieu vient à la fois pour les païens et pour les hébreux.
Ensuite, dans son deuxième discours, le discours apostolique, Matthieu nous rappelle que celui qui rencontre Dieu, le rencontre parce qu'il a été appelé par Dieu. C'est ce que Jésus dit à Matthieu : "Viens et suis-moi !" Et par conséquent, il n'est pas question d'un homme qui par ses propres forces et sa propre initiative irait à la rencontre de Dieu. Non, c'est bien Dieu qui appelle l'homme à la suivre, et c'est bien Dieu, nous l'avons hier ou avant-hier, c'est bien Dieu qui demande à Moïse de gravir la montagne pour le retrouver. L'initiative de cette communion revient donc à Dieu.
Le troisième discours de Jésus c'est le discours des paraboles, autrement dit, des signes. C'est un sujet assez difficile pur nos contemporains, car très souvent, nos contemporains ont souvent le sentiment que le signe cache plutôt qu'il ne révèle Dieu ou l'au-delà, ou ce que l'on nomme ainsi. Or, que ce soit Matthieu ou que ce soit le livre de l'Exode, ne serait-ce que par le fait même du miracle de la mer Rouge, il nous rappelle que le signe a pour but de nous faire découvrir la présence de Dieu. Le signe ne cache pas l'invisible mais le révèle. Là aussi, la parabole, le signe, sont un lieu de communion et de rencontre possible entre notre monde et le monde de Dieu.
Le quatrième discours c'est le discours ecclésiastique, dans lequel saint Matthieu à travers différents caractères : l'humilité, le pardon et la confiance, rappelle qu'à partir de ces caractères, nous touchons quelque chose de la vie trinitaire. Là aussi, frères et sœurs, comment ne pas penser au Décalogue donné à Israël qui a pour but de façonner et de sculpter le peuple d'Israël pour qu'il redevienne véritablement ce qu'il était à l'origine, c'est-à-dire l'image de Dieu.
Et enfin le dernier discours de saint Matthieu qui est le discours eschatologique, et qui nous rappelle cette attente de l'Église qui est en marche vers le Royaume de Dieu. Et comment là aussi, ne pas penser à cette longue arche de ce peuple sauvé de la mort par le Seigneur et qui traverse tout le désert pour arriver un jour en Terre Promise.
Frères et sœurs, que l'apôtre Matthieu nous fasse souvenir que la conversion à laquelle nous sommes appelés et plus précisément même notre confession, ne doit pas reposer d'abord uniquement sur nos péchés, mais sur la manière dont Dieu vient transformer tous nos péchés, toutes nos blessures, pour nous ouvrir cette communion, cette communion qui nous appelle à vivre avec notre prochain, et avec Lui.
AMEN