LE SENS DES PARABOLES
Ex 8, 4-11 ; Mt 13, 24-30
(13 juillet 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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i certaines paraboles peuvent nous paraître quelquefois un peu plus compliquées, la majeure partie des paraboles sont simples puisque c’est une comparaison que Jésus prend pour expliquer de manière précise telle ou telle réalité qu’il veut faire entendre ou faire comprendre à son auditoire. La plupart des paraboles d’ailleurs son axées sur le Royaume des cieux. Elles commencent toujours dans ces cas-là par : "Le Royaume des cieux est comme …" et la plupart de ces paraboles ont pour finale, une finale eschatologique, c’est-à-dire concernant la fin du monde, la fin des temps, le retour du Christ. L’image de la moisson prédomine, c’est une image qu’on retrouve dans d’autres passages d’évangile, lorsque la semence a poussé, il faut la récolter, et dans certains cas, Jésus envoie aussi ses anges pour récolter cette moisson.
Dans le cas précis de la parabole qui nous occupe, il y a une lecture de type théologico-historique, puisque Jésus fait allusion au Royaume des cieux qui est comme un homme qui sort et qui plante du bon grain dans son champ. Il va de soi, et l’interprétation devrait s’arrêter là, que cet homme, c’est le Seigneur lui-même. Le Seigneur a fait ce monde bon, il n’y a planté que du bon grain. C’est tout ce que nous dit le récit de la Genèse, ce premier récit qui, à chaque fois qu’un élément du monde est créé, et qu’un jour passe, il est dit : "Et Dieu vit que cela était bon". Mais au commencement, à la Genèse même de ce monde, déjà l’ennemi attaque. C’est bien sûr le serpent, et c’est le deuxième récit de la création qui s’insinue dans le cœur de l’homme et qui fait douter l’homme justement de quoi ? de la bonté de Dieu. Il fait croire que Dieu veut se réserver pour lui-même la plénitude de la vie et de l’être, car "Dieu sait, dit le serpent, que le jour où vous mangerez du fruit de cet arbre interdit, celui de la connaissance du bien et du mal, vous deviendrez comme des dieux". Et cela, Dieu ne le veut pas. Bien sûr, il s’agit exactement du contraire. Le doute semé dans l’existence même du cœur de l’homme et au cœur de la création.
Si la parabole doit s’arrêter à cette interprétation, puisque Jésus dit : "Laissez pousser ce bien et ce mal, et à la fin, je m’en occupe". Je demanderai à ce qu’on retire le mal lorsque je reviendrai dans ma gloire. Et l’on retrouve la mise en ordre de la Genèse, d’un côté au feu, ce qui ne sert à rien, d’un autre côté, les greniers du Seigneur sont remplis du bon grain. C’est Matthieu 25 également, lorsque Dieu venant dans sa gloire, met les boucs à sa gauche, et les brebis à sa droite, séparant ce qui a été mal de ce qui a été bien, et ainsi, une nouvelle création peut émerger.
Les grands auteurs spirituels ont aimé aussi à interpréter cette parabole comme le fait que pour l’autre, pour notre frère, mais aussi comme pour nous-mêmes, si le Royaume des cieux est comparable à un homme qui jette du bon grain, ce Royaume des cieux, comme le dit Jésus, est à l’intérieur de nous, dans notre cœur. C’est donc dans notre propre existence que le blé, le bon grain pousse en même temps que l’ivraie. Aussi, Dieu en la personne de Jésus-Christ nous demande de ne pas prendre des méthodes forcément radicales, il se méfie de la peu de nuance que l’homme peut apporter à la compréhension du salut qui s’opère à l’intérieur de l’homme, salut qui est donné par le bon grain qui est semé, notamment, le baptême. Mais le baptême n’est pas tout, il ne suffit pas de le recevoir pour être sauvé. Quand on reçoit le baptême on reçoit en même temps le principe de la vie baptismale, de vivre en enfant de lumière. Mais nous grandissons aussi dans un monde de ténèbres, nous grandissons et nous croissons en même temps dans un cœur qui sans cesse est attaqué et peut être blessé. L’homme par orgueil, peut avoir tendance à trouver par lui-même la solution. Ne nous y trompons pas. La seule solution, c’est le salut, et le salut ne vient pas de nous-mêmes. Il vient du Seigneur. Aussi, parfois sommes-nous obligés de prendre notre mal en patience, pour que le Seigneur lui-même opère la séparation et le discernement.
Cela peut prendre toute une vie, mais nous sommes aidés notamment par le sacrement de réconciliation, ce baptême dans les larmes dont parlait Tertullien, et qui nous permet peu à peu de laisser faire le Seigneur à l’intérieur même de notre cœur, de notre âme, de ce Royaume des cieux, où Dieu, sachons-le, de toute façon, non seulement a planté le bon grain, mais veut récolter ce bon grain au jour de la moisson.
Ce texte donc, invite chacun d’entre nous à la patience à la nuance, et au discernement dans notre propre vie.
AMEN