TELS DES PÈLERINS

Ex 5, 6-13 ; Mt 10, 1-16

(1er juillet 2006)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

et évangile raconte le tout début, l’extrême tout début. Au fond, les premières recommandations qui font de ces apôtres les futurs témoins de l’évangile commencent à naître dans cette parole.

Qu’est-ce qui est radicalement nouveau ? C’est que l’évangile ne peut être entendu, compris que par des hommes libres, totalement libres, trop libres, détachés : ni sandales, ni tunique, ne prenez pas le chemin des païens, ne prenez pas le chemin central, le chemin de la gloire humaine, mais d’autres chemins, des chemins détournés, et là vous trouverez des brebis qui attendaient quelqu’un, des gens qui ont soif et qui sont sur le bord du chemin et vous en ferez des frères et des sœurs. Il finit pas une des phrases les plus denses et les plus difficiles à expliquer : prudents comme des serpents et candides comme des colombes. J’ai un peu réfléchi et je n’ai pas tout compris. Le mot prudent, est à la fois prudent et malin, c’est à la fois la ruse, l’intelligence, l’à propos, la pertinence, et candide, ce n’est pas cette fausse innocence, mais c’est cette vraie innocence qui permet de voir les choses autrement et de la voir sans être complice.

Il est vrai que dans l’histoire de l’Eglise certains vont prendre à la lettre cet engagement de marcher comme ça, comme des mendiants. L’évangile a commencé par des mendiants, des voyageurs, des pèlerins, détachés qui font confiance à la providence. Et nous sommes invités symboliquement à construire ce détachement, nous rêvons tous de secouer des chaînes ou des jougs parce que nous avons les yeux collés, nos vies sont collées à ce qui nous attache. Nous avons l’impression qu’il faut nous en libérer, nous en détacher, nous alléger dans ce chemin de la vie. Nous pouvons accuser les autres, nous accuser nous-mêmes, mais une opération de libération, c’est l’évangile. C’est une façon de voir les choses. Les choses ne nous attachent pas, mais c’est nous qui étions attachés par peur, par crainte. La meilleure façon de nous libérer, ce n’est pas d’envoyer tout valser, mais c’est de vivre effectivement comme des pèlerins, comme ça, comme des gens qui n’attendent pas mais qui accueillent, cherchent là où est la paix. Cette maison est digne, que votre paix vienne sur elle, et si elle ne l’est pas que votre paix vous soit retournée.

Ce n’est pas une sorte de fausse innocence, comme on pourrait le croire, un évangile un peu trop fleuri dont on a pensé qu’il fallait afficher un sourire numéro huit, impassible et éternel. C’est quelqu’un qui est comme le vent, comme le souffle, qui est libre, qui reste libre, qui gagne cette liberté. Et ce premier moment de l’Église, la première façon dont le Christ parle de quelque chose de nouveau, cela a suffi à lancer l’Eglise que nous sommes. Ces hommes ont entendu quelque chose, une manière d’être, une manière nouvelle, être libres, détachés, pèlerins, voyageurs, sans attaches, sans bagages.

Nous avons à entendre comme ça ce premier moment, le moment inaugural. Et si le Christ a à nous parler, c’est pour nous dire cette opération de détachement que nous devons faire. De toute façon, la vie nous empêchera d’emmener tous nos bagages, toutes nos petites histoires. Il y a une façon non pas d’être méprisants par rapport à nos histoires, mais d’être capables de les voir avec pertinence, intelligence et innocence.

Que nous puissions transmettre à vos enfants cet enseignement qui n’est pas un enseignement bouddhiste de détachement et de mépris de la vie, mais qui est une autre façon d’être, peut-être une façon plus intelligente que de ne pas alourdir, mais de choisir cette marche légère du voyageur, qui à travers les rencontres et les signes, découvre la présence intense, fidèle et têtue de Dieu

 

 

AMEN