DEJA ET PAS ENCORE !

Ap 20, 11-15 ; Mt 24, 1-14

(18 novembre 2005)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

omme souvent, l'Écriture révèle certains paradoxes. Ainsi, les disciples demandent à Jésus quel sera le signe de la fin. Jésus alors, raconte toutes les catastrophes qui doivent arriver, les guerres les famines, les nations contre les nations, les tremblements de terre, le fait que les disciples seront livrés à cause du nom de Jésus. Mais est-ce que tout cela est le signe ? Non ! Jésus dit que la bonne nouvelle doit être proclamée à toute la terre et alors seulement, ce sera la fin. Si c'est une bonne nouvelle que toutes ces catastrophes doivent arriver, on se demande dans ces cas-là, en quoi la nouvelle est bonne.

Il faut repartir certainement de la question des apôtres : que sera le signe ? En effet, l'homme a souvent besoin de signes pour se dire : si je connais à l'avance, j'aurai le temps de préparer, j'aurai le temps de faire ma toilette spirituelle avant que le Seigneur ne revienne. C'est déjà considérer que la venue du Seigneur est elle-même une catastrophe, s'il faut justement prendre les devants pour ne pas être surpris. La véritable attitude spirituelle, c'est d'être toujours prêt à recevoir le Seigneur, et l'eucharistie, surtout si nous la recevons quotidiennement, qui est épiphanie, manifestation, venue, avènement de ce Seigneur dans notre chemin sur terre à travers les espèces du pain et du vin, voilà déjà l'avènement du Seigneur. Voilà une grande joie et qui remplit peu à peu une vie et qui lui façonne son visage d'éternité.

Donc, un jour, ce monde prendra fin, puisqu'il a été créé, puisqu'il a connu un début, il y aura bien une fin. Déjà dans notre vie s'inscrit cette fin, ne serait-ce que comme nous le faisons aujourd'hui en priant avec et pour Eugénie, nous manifestons que la mort n'est pour nous qu'un passage, même si elle marque la fin concrète de relations personnelles, dans les visages, les attitudes, etc … des gens que nous connaissons.

Mais dans la foi, la mort devient justement le signe du passage de l'achèvement de ce qui est déjà inscrit dès notre naissance, de par notre baptême, passer de la mort à la vie. Considérer la fin comme toujours loin, c'est oublier que les signes de la fin nous sont déjà donnés, puisqu'en nous s'inscrit la communion profonde que Dieu veut établir avec l'homme. La vie liturgique, la vie sacramentelle, c'est le "déjà là" de cette manifestation, de cette présence de Jésus réelle et concrète dans toute notre vie.

Quel sera le signe ? Dans notre vie aussi nous connaissons des bouleversements, nous connaissons des tremblements de terre, nous connaissons des guerres intérieures, et tout cela n'est pas le signe forcément de la fin. Ce qui sera le signe, c'est que la bonne nouvelle soit annoncée au monde entier. J'ai envie de dire que si notre vie personnelle était le monde entier, il faudrait que ce soit dans notre vie personnelle que la bonne nouvelle ait atteint jusqu'aux limites du plus intime de notre être. Alors quand cette bonne nouvelle aura atteint jusqu'à cette limite ultime de notre vie, de notre cœur, de notre âme, alors cela signifie justement que la communion pleine avec Dieu est tout à fait réalisée.

Qu'aujourd'hui, nous soyons invités par le Christ lui-même, à considérer comme on le dit dans la liturgie de l'Église, notamment lorsqu'on ordonne quelqu'un prêtre : "Que le Seigneur achève en toi ce qu'Il a commencé".

 

 

AMEN