RÉVÉLATION DE LA MISÉRICORDE

Ez 22, 1-9+12 ; Mt 12, 9-21

(3 août 2005)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

rères et sœurs, dans l'évangile, Jésus utilise volontiers des images de sa mission et de son être profond, qui ont été prophétiquement annoncés dans l'Ancien Testament. Parmi ces images, la plus connue est évidemment celle de Christ, ce qui veut dire "oint", et qui en hébreu se dit "messie". C'est la promesse faite à David d'un roi selon le cœur de Dieu qui accomplira pleinement le dessein de Dieu sur son peuple d'Israël. Une autre figure qui nous surprend quelquefois, c'est celle du Fils de l'Homme qui est tirée du prophète Daniel.

Aujourd'hui Jésus s'attribue des oracles particulièrement précieux, du prophète Isaïe, les oracles du Serviteur. Mystérieusement, le prophète Isaïe annonce la venue d'un serviteur de Dieu. Evidemment, ce titre n'implique pas encore que ce serviteur sera la Fils de Dieu lui-même, c'est le bouleversement qu'apportera la Nouveau Testament, mais cette image du serviteur est extrêmement intéressante et précieuse, nous allons voir pourquoi. Il y a dans le livre d'Isaïe quatre passages qu'on appelle les chants du serviteur, et celui qui est cité aujourd'hui est le premier de ces chants.

De qui s'agit-il ? Il s'agit d'un personnage que Dieu a choisi. Ceci n'a rien d'extraordinaire, c'est vrai des prophètes, c'est vrai des rois, c'est vrai du Messie, mais il est choisi pourquoi ? pour que sur lui Dieu place son Esprit. C'est la première caractéristique du serviteur, il est animé par l'Esprit de Dieu. Que va faire cet Esprit ? Il va faire d'abord de ce serviteur un bine-aimé de Dieu. Voilà que ce serviteur est particulièrement choisi et aimé par Dieu. Puis, surtout, il va recevoir par l'Esprit Saint, une mission prophétique : annoncer la Bonne Nouvelle. Le texte ici dit : annoncer le droit, c'est-à-dire révéler la justice, le mystère même de Dieu. Annoncer le droit, la bonne nouvelle, c'est-à-dire l'évangile, et l'annoncer à toutes les nations. C'est encore une caractéristique extrêmement important, de ce serviteur dont parle le prophète Isaïe, c'est qu'il ne s'adresse pas seulement à Israël, mais à toutes les nations. Ces textes sur le serviteur de Dieu dans Isaïe sont parmi les perles de l'Ancien Testament, annonçant l'universalité du salut. Certes, Dieu avait choisi un peuple, le peuple d'Israël, un peuple particulier, parce que l'amour de Dieu n'est pas une philanthropie général, c'est toujours un amour personnalisé, Dieu a aimé Abraham, il en a fait son aimé, il a aimé le peuple d'Israël, parce que c'était les descendants d'Abraham. Dieu aime toujours des personnes et non pas simplement des idées ou des généralités. Seulement, aimer telle personne ce n'est pas exclure les autres, aimer tel peuple, ce n'est pas exclure les autres. Dès le départ, quand Dieu a choisi Abraham, il lui a dit : "En toi, seront bénies toutes les nations de la terre". Il y a ainsi déjà dans l'Ancien Testament, une série de textes qui manifestent que cet amour de Dieu pour Israël ne se limite pas à ce peuple seulement. A travers lui se manifeste à tous les autres peuples qu'ils seront tous aimés comme Israël est aimé de Dieu. C'est ce qu'Israël oubliera quand il refusera de reconnaître en Jésus le Messie, parce qu'il veut garder le privilège de son élection pour lui seul.

"Il annoncera le droit aux nations". C'est-à-dire que ce serviteur de Dieu va avoir une mission universelle et de fait, et c'est cela la caractéristique de l'évangile, c'est que la bonne nouvelle n'est pas simplement l'accomplissement des promesses faites à Israël, mais à travers cet accomplissement, il va jusqu'aux extrémités de la terre. Il y a encore une autre caractéristique de ce serviteur, c'est qu'il va être une figure de la miséricorde de Dieu. " Il ne fera pas de querelle, ni de cri, il ne brisera pas le roseau froissé", c'est-à-dire celui qui est fragile, celui qui n'arrive pas totalement à correspondre à la volonté de Dieu, celui-là, le serviteur de Dieu ne va pas l'écraser, il va essayer au contraire de le redresser, de le renouveler. "La mèche qui fume encore, il ne l'éteindra pas". Ce serviteur est donc celui qui vient pour une humanité pauvre, pour une humanité pécheresse, pour une humanité qui ne sait pas répondre pleinement aux avances de Dieu, mais au lieu de l'écraser, ce qui aurait été la réaction naturelle de la justice, et vous avez entendu dans le prophète Ézéchiel cette colère de Dieu devant le péché des hommes. Cette réaction est, si je puis dire, normale, naturelle. Si l'homme se détourne, Dieu se détourne aussi. Mais, voilà qu'apparaît une figure nouvelle, celle de la miséricorde de Dieu : au lieu d'écraser le pécheur, au lieu de rejeter celui qui le rejette, Dieu va venir prendre soin de cette mèche qui fume encore, de ce roseau froissé et qui n'est pas encore détruit.

Ce que ne nous dit pas ce premier chant du serviteur, qui sera déployé dans le quatrième chant, celui que nous lisons le vendredi saint, c'est que ce serviteur, non seulement viendra au secours du pécheur, mais acceptera de prendre sur lui le péché des hommes et de le prendre jusqu'à en être condamné, écrasé lui-même et mis à mort. Ainsi, ces chants du serviteur du prophète Isaïe nous annoncent le mystère le plus profond de l'incarnation du Fils de Dieu, c'est que ce Fils de Dieu ne se fait pas simplement semblable à nous, il ne vient pas seulement avec miséricorde, il vient pour expier toutes nos fautes, pour prendre sur lui nos péchés et ainsi, comme le dit le texte, pour mener la bonne nouvelle au triomphe et pour que l'espérance de tous les peuples soit accomplie.

Frères et sœurs, que nous nous replongions dans cette révélation progressive du mystère de Dieu, ce Dieu qui est certes, un Dieu de justice, mais qui est aussi un Dieu de miséricorde, et ce Dieu dont l'amour pour nous l'a poussé à se faire notre serviteur, et non seulement pour se mettre à notre service, mais encore pour accepter la croix sur laquelle il portera toutes nos fautes, toutes nos négligences, toutes nos pauvretés, tous nos péchés.

 

 

AMEN