OBJECTIVITÉ ET SUBJECTIVITÉ
Ez 18, 5-13 ; Mt 6, 19-34
(13 août 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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a lampe du corps, c'est l'œil, donc si ton œil est sain, ton corps tout entier sera lumineux, mais si ton œil est malade ton corps tout entier sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres".
Frères et sœurs, nous avons très souvent une conception passive de l'information. Nous imaginons que tout notre être est une sorte de machine à imprimer les informations qui nous viennent de l'extérieur, et que par conséquent, nous avons, pour rester dans la fidélité de la vérité, à bien imprimer. Nous devrions nous contenter de recevoir les informations, les événements, et puis, les traiter dans ce que nous aimons appeler l'objectivité. Dans cette manière de voir, dans cette impression passive des événements qui viennent s'inscrire dans notre vie, dans notre corps, dans notre âme, dans notre esprit, nous faisons très rapidement nous faisons très rapidement la distinction, même l'opposition entre l'objectivité et la subjectivité. L'objectivité, ce serait quand je suis capable de recevoir tout ce qui vient sans rien en changer. La subjectivité, ce serait quand je me laisse aller à mes passions, à mes désirs, à mes envies, qui iraient jusqu'à travestir la vérité et l'objectivité des choses.
Je crois que ce petit passage de l'évangile que nous avons lu met à mal cette profonde division que nous mettons souvent entre l'objectivité et la subjectivité. L'œil est la lampe de mon corps nous rappelle au contraire toute l'activité que nous avons à mettre en place pour recevoir et transformer les informations. Nous ne sommes pas uniquement des magnétophones sur lesquels viennent s'inscrire des sons sur des bandes magnétiques. Nous ne sommes pas non plus un langage numérique sur lequel viendraient s'inscrire des événements actuels codés en 0 et en 1. Nous avons au contraire à recevoir et à transformer tout ce qui nous est donné de vivre. Et enfin, pour continuer les exemples du corps, nous nous rendons bien compte que l'objectivité ne fait pas tout, ou alors, comment expliquer qu'au niveau de l'alimentation quelqu'un qui prend le même repas que son voisin ne grossira pas alors que l'autre prendra du poids ? Cela veut bien dire que quelque part, notre corps est actif et est capable de transformer de telle ou telle manière un aliment qui, chez une personne lui fera prendre du poids, et chez l'autre ne lui fera pas le même effet.
Je crois que cet évangile nous rappelle aussi cette alchimie secrète qui se fait dans notre cœur, une alchimie secrète qui nous renvoie à notre propre liberté. Quand viennent s'imprimer dans notre cœur des événements que nous appelons extérieurs, et dont nous avons beau jeu de dire que nous n'avons pas de prise sur eux, notre cœur nous dit l'inverse. La liberté que le Seigneur a mis dans notre cœur dit l'inverse, et nous nous rendons compte alors que nous pouvons très bien vivre l'événement d'une manière paisible ou d'une manière agressive. Je ne sais pas si vous avez remarqué dans ce chapitre de saint Matthieu comment le thème du secret revient régulièrement, et comment le thème de la paix et de la violence reviennent eux aussi régulièrement. L'œil, lampe de mon corps me rappelle cette liberté que Dieu me donne dès l'origine, et qui me permet de transformer ce qui vient à moi. Par conséquent la violence, la haine, la concupiscence, le désir, ne viennent pas toujours nécessairement de l'autre. C'est toujours un peu facile de dire : oui, c'est lui qui a déclenché en moi ce déchaînement de violence, de désir.
Cet évangile dit que ce n'est pas tout à fait cela. Là encore, il m'est possible de gérer et de travailler cette liberté pour en faire soit, une violence, soit une paix dans mon cœur.
Frères et sœurs, je pensais à une phrase très belle de saint Augustin qui disait que l'homme est charnel jusqu'à l'esprit, et que l'homme est aussi spirituel jusqu'à la chair. Cet évangile nous rappelle que le Seigneur ne met pas de frontière entre la subjectivité et l'objectivité, mais qu'Il ne met pas non plus de barrières entre la chair et l'esprit. Que cet évangile soit pour nous l'occasion de nous remémorer aussi la genèse du bien et du mal au cœur du péché originel, car enfin, c'est ce que le serpent lui-même venait murmurer à Eve. Que nous puissions véritablement frères et sœurs, avec cet évangile, laisser la genèse de la bonté, de l'innocence, venir éclairer notre cœur, et par conséquent la vie que nous menons avec les autres.
AMEN