QUAND ISRAËL RECONNAÎTRA LE SAUVEUR …

Jdt 15, 8-10 ; Mt 23, 33-39

(11 octobre 2004)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Q

uel contraste entre les deux textes que nous avons entendu. Dans le livre de Judith, nous approchons de la fin du livre, et Judith a délivré Israël de l'ennemi Holopherne, qui l'assiégeait, et tout le peuple la bénit en disant : "Tu es la gloire de Jérusalem, tu es la suprême fierté d'Israël, tu es le grand honneur de notre race, Dieu a ratifié tout ce que tu as fait. Béni sois-tu par le Seigneur tout puissant dans la suite des temps. Et tout le peuple crie : Amen". La gloire d'Israël, la fierté de Jérusalem, l'honneur de notre race, bénie par le Seigneur tout-puissant.

Et puis, voilà Jésus qui s'adresse aux scribes, aux pharisiens, aux chefs du peuple, et Il les traite de serpents, d'engeance de vipères. Il leur dit qu'ils ont assassiné les prophètes, les sages, tous ceux que Dieu leur avait envoyé, et que tout le sang des innocents qu'ils ont mis à mort, va tomber sur eux. Et Jésus s'écrie : "Jérusalem, Jérusalem ! toi la ville de l'Alliance, toi la ville du Temple, toi la ville du mystère de Dieu, tu as tué les prophètes, tu as lapidé ceux qui t'ont été envoyés". Et Jésus continue : "Combien de fois j'ai essayé de rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu n'as pas voulu". Nous sommes en face du mystère de la vocation d'Israël, et de sa réponse à cette vocation. Israël est le peuple que Dieu a choisi, Il l'a choisi pour être le prototype de l'Alliance, de la grâce, de sa miséricorde, de cette tendresse qu'Il donne aux hommes, et qu'il a d'abord manifesté concrètement avec ce peuple qu'il avait choisi. Et ce peuple, Jésus voulait l'associer à son mystère, à la rédemption du monde, au pardon de tous les péchés, et voilà que ce peuple a refusé, du moins, certains membres de ce peuple, du moins, certains responsables de ce peuple, certains grands-prêtres, certains scribes, certains pharisiens, qui au lieu d'entrer dans ce mystère de rédemption, de Salut universel, ont dit non à la proposition de Jésus qui voulait rassembler ses enfants autour de Lui pour les associer à son œuvre de pardon et de salut.

Qu'en est-il ? "Voici que ta maison va être laissée déserte et vous ne me verrez plus". Jésus qui était venu pour rassembler Israël va disparaître à leurs yeux, ils n'ont pas répondu à son appel, ils vont être laissés seuls, comme dans un désert. Pourtant, les promesses de Dieu sont sans repentance, l'Alliance de Dieu ne peut pas disparaître, les grâces de Dieu pour Israël ne sont pas finies. A la dernière phrase de ces paroles de Jésus, une lumière s'ouvre : "Vous ne me verrez plus jusqu'à ce que vous disiez : béni soit celui qui vient au nom du Seigneur". Israël n'a pas compris que Jésus venait accomplir le dessein de Salut pour lequel Israël avait été choisi et auquel Jésus voulait l'associer, et comme le dira saint Paul, cette manière de trébucher d'Israël, va être l'occasion d'ouverture de ce salut à l'univers tout entier. Mais, Israël n'est pas abandonné pour autant, un jour viendra où il dira : béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Un jour viendra, Jésus le promet, où Israël reconnaîtra en Jésus ce sauveur envoyé par Dieu, et alors, nous dit saint Paul, cette conversion d'Israël sera une résurrection des morts, elle sera l'accomplissement de toute l'histoire du salut puisque ceux qui étaient choisis pour être les instruments de ce salut et qui dans un premier temps ont trébuché, parviendront à l'accomplissement de leur appel, de leur vocation, en reconnaissant en Jésus celui que Dieu avait envoyé, et alors, Israël accomplira pleinement son destin, et de la promesse de Dieu : "Vous ne me verrez plus jusqu'à ce que vous disiez : béni soit celui qui vient au nom du Seigneur". Quand Israël reconnaîtra en Jésus celui qui accomplit son histoire, alors toutes choses seront réconciliées dans la paix et toute la promesse de Dieu sera accomplie.

 

 

AMEN