GESTE PROPHÉTIQUE DU CHRIST

Jdt 10, 20 et Jdt 11, 4 et Jdt 12, 1-9 ; Mt 21, 12-22

(24 septembre 2004)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

D

eux explications un peu rassurantes pour ces deux passages évangéliques. La première, c'est en somme de gratifier Jésus de cette expression lorsqu'il chasse les vendeurs du temple : il a une "sainte" colère. Un peu comme si cela nous rassurait puisque nous pensons que Jésus est bon et sans défaut, pécheur, comme on dit en Provence, cela peut bien lui arriver une fois, d'être en colère. Finalement, il ne l'a été qu'une fois, et puis, c'est une "sainte" colère.

La deuxième explication rassurante, c'est celle pour le figuier desséché, et surtout ce que dit Jésus, si vous demandez avec foi dans la prière, à cette montagne de se déplacer, elle le fera. Et vous savez, quand on est enfant, on s'exerce à déplacer les montagnes, et l'on voit que cela ne marche pas. Alors on peut remettre en cause la grandeur et la bonté de Dieu. Et quand on est adulte et que l'on continue à aller un peu à la messe, on finit par dire : je dois manquer de foi dans ma prière pour arriver à ce que demande Jésus.

Cela peut être bien sûr des explications rassurantes, mais nous le savons, cela n'est pas consolant. Il est vrai que Jésus vient de faire son entrée messianique à Jérusalem, et donc, peu à peu, Il se rapproche de cette mort, de cette souffrance et Il s'approche aussi de ce jour où le Père le relèvera. Il s'agit bien sûr du commencement véritable de l'action pascale. Le Christ agit de manière prophétique. Ces péricopes sont donc bien des signes de prophète. Le prophète ne fait pas dans la dentelle, il ne fait pas dans le conventionnel, et d'ailleurs, ce n'est pas ce qui étonne les scribes, on lui accorde de poser des gestes et donc de prononcer aussi une parole. Le prophète en a le droit, c'est même reconnu en Israël, donc, Jésus culbute toutes les échoppes, tout ce que vendent les marchands, et posant l'acte comme doit le faire le prophète, il s'ensuit une parole : "Vous ferez de cette maison, une maison de prière". Les scribes ne sont pas forcément mécontents de cet acte prophétique. En revanche, ce qui les étonne et les met mal à l'aise, c'est ce que disent les enfants. Ils le font remarquer à Jésus en disant : "Tu entends ce que disent les enfants?" Et Jésus répond : "Parfaitement. Mais n'avez-vous jamais lu que c'est par la bouche des petits que le Seigneur est loué. Les enfants crient Hosanna".

Il me semble que pour nous aujourd'hui, ces passages d'évangile ont un sens. En interprétant bien sûr d'une manière plus allégorique ce passage dans le temple, l'acte prophétique de Jésus. Saint Paul dit que par notre baptême nous sommes devenus le temple de l'Esprit Saint. Nous sommes donc, si nous sommes le temple de l'Esprit Saint, cette maison de prière dont parle Jésus. L'acte prophétique du Christ se réalise aujourd'hui pour nous, lorsqu'Il chasse, hors de nous tout ce qui encombre ce temple de l'Esprit Saint, tout ce qui est de l'ordre du calcul de la tractation, et qui n'a rien à voir avec la vocation et la dignité d'enfant de Dieu qui est la nôtre depuis notre baptême. Il est là pour chasser le voleur, le vendeur, le mal, le démon, le péché. Et Il nous appelle, comme lorsqu'il l'a déjà fait dans son invitation à être comme les petits enfants, à rendre grâces pour le salut qui s'opère dans ce temple de l'Esprit Saint que nous sommes devenus. Que nous criions aussi Hosannah au Fils de David. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Béni soit celui qui me sauve.

C'est ainsi que la vocation du chrétien, comme le dira aussi saint Paul, d'être toujours dans l'action de grâces, c'est bien de rendre grâces, d'être eucharistie. Et ainsi, on comprend bien que Jésus est le véritable sauveur, celui qui récapitule bien toute cette Écriture, Il est à la fois bien le prophète et le prêtre, Il est bien celui qui opère en nous la Pâque, qui chasse définitivement de notre temple, de notre maison de prière, plaçant cette présence de Dieu au cœur même de notre existence, et au plus profond de notre intimité, Il la sauvegarde et Il lui donne tout son resplendissement.

Ainsi, le Seigneur st bien celui qui désormais, et c'est aussi le signe du figuier, s'avançant vers l'arbre de mort, devenu sec, cet arbre de notre humanité, Il va lui faire désormais porter le vrai fruit. La terre, chantons-nous parfois, a porté son plus beau fruit, par l'arbre de la croix, le Seigneur nous bénit. Mais le Seigneur n'a pas besoin du Salut pour lui-même, Il nous y invite, Il nous y consacre, et Il nous prépare à le suivre jusque sur l'arbre de la croix afin de porter le vrai fruit, celui de la prière, vraie et de foi, autrement dit, la prière de l'action de grâces. Qu'aujourd'hui, le Seigneur réalise encore pour nous dans cette eucharistie, les signes de sa présence, et l'acte de son Salut prophétique, c'est-à-dire en parole et en actes.

 

AMEN