CHEMINS DE FOI COMPLEMENTAIRES
Jdt 4, 1-4 a+5-8 ; Mt 15, 21-28
(6 septembre 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ans cette scène, il y a une sorte de comparaison de désir et de foi. Je ne suis pas sûr que la rudesse que Jésus oppose à la cananéenne soit destinée uniquement à la cananéenne, mais elle sert de démonstration aux apôtres. Ce sont les apôtres eux-mêmes qui veulent que Jésus lui rende grâce, et guérisse sa fille parce qu'elle les agace : "Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris". Jésus va continuer à tester la foi de la femme, il sait comme à l'avance la profondeur de sa foi, et il va la montrer aux apôtres. "De grâce, Seigneur, aussi bien les petits chiens mangent-ils les miettes qui tombent de la table du maître". Jésus répondit : "grande est ta foi, qu'il t'advienne selon ton désir".
Elle sert donc de leçon aux apôtres et elle montre que la foi s'articule sur le désir, notre foi s'articule sur notre désir, se mesurent l'un l'autre. Le problème c'est qu'il y a une telle dissymétrie entre le désir masculin et le désir féminin que nous pourrions croire qu'en matière de religion c'est la même chose. Mais nous ne croyons pas du tout de la même manière, pas du tout. Ce qui fait qu'il y a très souvent un malentendu entre ce que j'appelle le féminin et le masculin au regard de cette foi. Pour la bonne raison que dans le masculin, qui n'est pas uniquement l'homme, c'est pour cela que je parle de masculin, le désir pour s'achever a besoin de soutien dans l'agir et dans le faire. Dans le féminin ce n'est pas le cas. Souvent dans l'Église, il y a une surenchère très désagréable entre ceux qui vivent sur ce désir de type féminin, ce désir ne s'éteint pas parce qu'il s'articule différemment, il est beaucoup plus dans la durée, il est beaucoup moins génital, etc … ce qui fait que ce désir féminin rentre en surenchère avec le masculin. Le masculin a besoin d'une sorte d'agir de fait, pour tenir dans ce désir de Dieu, c'est pour cela qu'ils sont du côté des prêtres, ce n'est pas parce qu'on est mieux, mais c'est parce que notre nécessité, tels que nous sommes créés a besoin d'une sorte de mouvement dans lequel nous arc-boutons notre désir de Dieu. Le féminin ne s'alimente pas aux mêmes éléments intérieurs.
Jésus va montrer à ses apôtres la manière dont ce désir, cette foi, s'articulent pour la cananéenne. Elle quitte son territoire, elle est capable de se quitter elle-même parce que sa fille est malade, elle va au-devant, elle a la réponse théologique puisqu'elle répond carrément, presque une citation. C'est là qu'il y a une dissymétrie que nous ne pourrons jamais rattraper telle ou telle femme qui dans l'Église a une position si différent et qui ne nous convient pas, mais c'est parce que la manière dont cette foi s'articule en elle ou en lui, est différente. D'aucuns auront besoin d'une alimentation plus silencieuse, plus contemplative, qui effectivement est du côté du féminin, et donne cette longue durée à la foi, qui articule plus paisiblement son désir, avec des confusions, et d'autres, plus masculins, ont besoin d'une action, d'une articulation conceptuelle, d'une réflexion de pensée pour étayer leur même foi.
Ce qui fait que nos chemins de foi sont tellement différents qu'en nous jugeant les uns les autres, nous risquerions de nous faire mal, de ne pas nous comprendre. L'ensemble s'ordonne, s'harmonise, ce désir du côté du féminin, comme du côté du masculin, ensemble, constituent de grand mouvement qui est l'Église, mais nous ne pouvons pas supprimer l'un contre l'autre. Il n'y a pas à croire que la manière dont je pense, et je vis, cette foi est bien meilleure que celle de l'autre.
Frères et sœurs, dans ce rapide examen de la manière dont Jésus illustre le chemin de la foi à travers la cananéenne, retrouvons le nôtre, approfondissons notre propre chemin de foi, la façon dont notre foi s'articule sur notre désir, que nous puissions l'enrichir, le nourrir, sans pour autant croire qu'il est l'unique.
AMEN