LA LONGUE PATIENCE DE DIEU

He 11, 17-19 ; Mt 13, 24-30

(19 août 2004)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

I

l y a eu quelques années à Noël, un best-seller dans les librairies, c'était "La terre vue du ciel". Je crois qu'aujourd'hui, le texte que nous avons entendu dans l'évangile, nous présent à la fois l'homme vu par l'homme et aussi peut-être le plus important, l'homme vu du ciel, l'homme vu par Dieu.

En fait, un peu comme ces superbes photos qu'il y a dans ce livre, quand nous parcourons et que nous regardons quelqu'un de loin vu du ciel, d'en haut, nous le voyons comme un paysage net, découpé, propre. Il y a les grandes étendues, les couleurs qui juxtaposent, il y a pourquoi pas, un mur romain qui se dessine très clairement dans le blé, il y a le petit ruisseau tout clair et tout beau, et de temps en temps quelques taches sombres dont on devine que c'est l'œuvre de plantes malfaisantes, et du haut du ciel dans notre avion, nous nous disons que pour que ce paysage soit plus beau, il suffirait d'enlever tout cela. On descend, on atterrit, et l'on arrive dans le champ. Et l'on découvre que cette simplicité vue du ciel se révèle beaucoup plus complexe. On découvre que les choses ne sont pas aussi simples, que le péché comme la charité, le blé comme l'ivraie, se nourrissent à la même terre et boivent à la même eau. On découvre que les racines du mal et les racines du bien sont tellement entremêlées que nous comprenons la complexité des plantes, et nous risquons en voulant faire du bien, de faire parfois bien plus de mal. On comprend alors l'adage qui dit que le mieux est souvent l'ennemi du bien.

Je crois que le paysage de l'autre, c'est la même chose. On découvre quelqu'un au départ, on a l'impression que son cœur est clair, que son caractère est simple, que c'est quelqu'un qui ment, ou qui a beaucoup de cœur, et au fur et à mesure qu'on le découvre, que l'on commence à arpenter sa vie et son visage, on découvre que c'est beaucoup plus complexe. Le risque de l'homme est alors de se décourager, de se demander ce qu'il va faire ? S'il continue de cette façon, l'autre va aller à sa perte, alors que je lui veux du bien, et si je risque d'enlever quelques herbes mauvaises, je risque de lui faire davantage de mal que de bien. A ce moment-là, nous sommes découragés, nous avons envie de baisser les bras et nous avons envie de laisser l'autre à sa propre vie, parce qu'on ne sait pas comment l'aider.

L'homme vu du ciel, l'homme vu par Dieu, a cet avantage que Dieu est celui qui à la fois est dans le ciel et sur terre. Dieu est celui qui à la fois est capable d'avoir cette vision claire et belle de notre humanité, de notre vie, de notre caractère, de nos faiblesses, de nos péchés, de nos capacités, et en même temps, Il est celui qui arpente notre vie et qui en connaît toute la complexité, et comme un bon jardiner, qui est capable d'être patient. Dieu est celui qui ne se décourage pas de l'homme. Dieu est celui qui attend patiemment jusqu'au jour où Il saura qu'à un certain moment, l'ivraie sera enlevée.

Frères et sœurs, que cette parabole que le Seigneur nous a donné, nous rappelle tout simplement que Dieu nous appelle à être patient les uns envers les autres. Dieu nous rappelle nous n'avons pas à nous décourager les uns les autres mais au contraire, à arpenter la vie des autres pour y découvrir toute cette grâce que le Seigneur plante dans le cœur de chacun, cette grâce qui souvent grandit et s'épaule avec nos péchés et nos faiblesses.

 

 

AMEN