LE COMBAT INTÉRIEUR
He 4, 1-6+11 ; Mt 8, 23-27
(24 juillet 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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e miracle que nous venons d'entendre, on a l'impression qu'il a été accompli comme à contre-cœur. Jésus dormait, la tempête était sauvage, à l'image même de ce qui peut nous assaillir dans le monde, et Dieu semble dormir, se retenir d'intervenir. C'est au cri des apôtres, de leur intercession et d'abord, il leur dit : "Pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de foi ?"
Toute l'histoire de l'Incarnation, toute la manière dont Dieu a voulu se saisir de l'humanité sans rien laisser de cette humanité pour qu'elle soit habitée, animée par Dieu. Il faut dire qu'Il a caché au cœur de cette humanité toute sa puissance. Mais sa puissance ne se déploie pas automatiquement. La puissance divine a des objectifs, des objets, des soucis, qui sont d'animer de l'intérieur ce que nous sommes et pas simplement d'apaiser les tempêtes qui nous entourent. Dieu aurait pu procéder différemment et niveler le chemin de la vie, combler les collines et les ravins. Mais Il s'est donné un autre combat, plus intérieur, plus invisible mais plus difficile aussi d'habiter chez l'homme. Ce ne sont pas tellement les tempêtes extérieures qui l'intéressent, que ce qui résiste en nous pour que nous devenions de vrais partenaires libres, spontanés de l'amour de Dieu et de son Salut.
Évidemment, nous préférons d'emblée un Dieu qui aurait une manifestation facile sur les tempêtes, sur les montagnes, sur les cataclysmes. Ce n'est pas qu'Il ne peut pas, mais ce n'est pas contre cette tempête que Dieu déploie sa puissance. Il est un autre combat qu'il se prépare à mener et qu'Il mènera, et qu'Il reprendra sans arrêt dans le cœur de chaque homme, et qui est le combat contre le mal, contre la manière dont ce mal se cache en nous, nous tente, nous dévie. C'est cela la vraie tempête. On sent bien que cette tempête apaisée, c'est à contre-cœur ou par défaut, pour signifier le combat qu'Il mène, un combat plus large. Il a décidé de prendre à bras le corps ce qui pourrait nous atteindre puisque nous sommes son bien le plus précieux sur terre, et nous sommes en même temps ce qu'il y a de plus fragile. Il ne veut pas nous défendre sans nous contre nous-mêmes.
C'est pourquoi Dieu doit déployer toute une pédagogie originale, qui est de nous habiter, de nous animer, tout en respectant ce que nous sommes. Il y a toujours en nous une disproportion entre notre désir de Dieu, notre désir d'infini, et notre capacité de le trouver, de le développer en nous-mêmes. Nous sommes l'enjeu du combat de Dieu, c'est un enjeu profond, là Il ne dort pas. Il est celui qui guette l'ennemi pour mieux le vaincre au fond de nous. C'est dans cet acte de foi que nous pouvons aujourd'hui formuler notre "Amen", dans la tempête au cœur de nos vies, Dieu mène et gagne la victoire pour toujours.
AMEN