UNE PAROLE QUI DÉRANGE

He 1, 1-6 ; Mt 7, 6-12

(17 juillet 2004)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

T

out le problème de notre vie nouvelle s'alimente à notre écoute de cette Parole. Deux solutions, ou nous n'écoutons que ce que nous connaissons déjà de Dieu et nous, et nous nous trouvons confirmés dans ce que nous croyons être notre vie et notre relation avec Dieu, et il y a de fortes chances que cette écoute-là, écoute de confirmation soit une écoute qui nous enferme et nous assourdisse. C'est comme ces choses que nous croyons que l'autre va nous dire, et dont savons à l'avance tout ce qu'il a pu nous dire pendant notre vie conjugale et notre vie fraternelle, au fond, je sais tout ce que tu peux me dire, je n'imagine rien de nouveau de toi.

Ou nous nous accrochons à la manière dont le texte nous irrite, frotte à des endroits qui, de fait, sont inédits et inconnus. Par exemple, dans cet extrait, par rapport aux chiens, au sacré et aux porcs, on aurait très vite fait d'imaginer que ces choses se réfèrent à un rituel particulier qui sont les viandes consacrées dans les temples, et que cela ne nous concerne pas. Quand l'évangile déploie une Parole de Dieu, nous devons aller à la pêche de certains mots, de certaines expressions que nous ne comprenons pas, que notre intelligence ne peut pas d'emblée absorber, comme si l'information qui était cachée derrière était plus large, plus juteuse, plus grande. Elle peut d'ailleurs venir vers nous comme une sorte de reproche et d'invitation, et ce lieu même est la manière que Dieu choisit pour s'adresser à nous, s'adresser à une terre encore vierge ou en friche pour que la Parole ne soit pas simplement une sorte de compréhension, mais un chemin.

Ainsi, l'homélie qui est une sorte de sous-parole, par rapport à la Parole de Dieu, pourrait nous donner l'occasion de ne pas prendre cette Parole pour nous et de prendre pour argent comptant la phrase du prêtre ou celle qu'il commente, ou encore l'interprétation qu'il en donne. Nous ne sommes pas dispensés de nous l'approprier nous-mêmes, de faire corps avec elle. Ce que nous allons vivre avec l'eucharistie, nous allons faire corps avec le Corps, nous allons faire sang avec le Sang, comme nous devons faire parole avec Parole. Et cette parole avec Parole, c'est la façon dont ces mots frappant sur mon âme éveillent d'autres mots qui sont ceux de ma prière.

Je vais vous laisser en attente de cette Parole pour que vous puissiez y trouver vous-même tel ou tel mot qui est venu interroger ce que vous êtes sur le chemin sur lequel vous vous avancez. Est-ce la bonté de Dieu, est-ce la confiance que nous pouvons avoir en Lui, est-ce la manière dont j'ai retenu ma demande prétextant qu'il y a des cas plus graves, des demandes plus importantes, est-ce que j'ai éteint non pas ma plainte, mais éteint cette prière, cette manière dont j'irrigue mon âme, pour que mon âme continue à s'ouvrir à Dieu, à son immensité, qu'elle ne se désespère jamais, dans l'attente d'une réponse qui n'est pas forcément celle qu'elle dessine à l'avance mais qui est celle que Dieu voudra et qui est la meilleure pour moi ?

Enfin, et c'est une sorte d'examen de conscience, nous pouvons vérifier ce que nous vivons avec Dieu dans ce que nous vivons avec les autres. La relation avec Dieu est une relation parmi d'autres, certes particulière, mais qui s'inspire beaucoup de notre relation avec autrui et avec le prochain. Nous ne pouvons pas imaginer que nous avons à mettre à l'abri la relation divine, et les autres relations, nous nous débrouillerions tant bien que mal. Non, tout se ressemble et tout nous aide à y voir davantage clair pour qu'en faisant à l'autre ce que nous voudrions vraiment qu'il fasse, nous nous ouvrions à Dieu pour recevoir de Lui le bien qu'Il promet.

 

 

AMEN