JÉSUS S'INSCRIT DANS LA CONTINUITÉ DES COMMANDEMENTS

Si 50, 22-24+27-29 ; Mt 5, 33-48

(12 juillet 2004)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

J

ésus est honnête, Il cite ses sources, Il commence par dire : "Vous avez appris qu'il a été dit aux ancêtres", comme nous le chantions tout à l'heure : "De mes Pères, j'ai reçu l'intelligence". Et l'évangile que nous venons d'entendre, tiré de saint Matthieu, est un tissu, une sorte de patchwork de textes de l'Ancien Testament. La trame de ce tissu, s'il est constitué d'un patchwork de différentes références auprès d'Isaïe, du Deutéronome et de l'Exode, la trame, c'est vraiment les dix commandements. Jésus reprend à son compte les dix commandements révélés par Dieu à Moïse au chapitre vingtième de l'Exode, quand Moïse au Sinaï, après avoir profité de cette théophanie, de cette manifestation de Dieu reçoit donc cette Alliance, ces dix paroles puisque la première n'est pas un commandement. Ces commandements aussi, cette adoration de Dieu qui se déploie en quelque sorte dans la vie du peuple qui est confié par Dieu à Moïse.

Les dix commandements, Jésus y revient souvent, ce n'est pas donc une Loi dépassée et ce chapitre cinquième de saint Matthieu les détaille, les reprend, puisqu'on parle de l'adultère, du vol avec la main, on parle aujourd'hui du parjure. Ce sont les conditions de vie d'une société, ce sont les conditions d'existence d'une société, conditions d'harmonie d'une société qui reçoit sa cohésion, non pas de son propre fonds, mais qui la reçoit de Dieu. Quand Jésus, dans le même évangile de saint Matthieu, sera abordé par le jeune homme riche, il rappellera au chapitre dix-neuvième, comment le jeune homme riche devra ne pas tuer, ne pas commettre d'adultère, ne pas voler, ne pas porter de faux-témoignage.

Il y a donc comme une reprise de ces commandements dans l'évangile, mais pour souligner comment Jésus est le nouveau Moïse, puisque suivant saint Jean, "la Loi est venue par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ". Et saint Matthieu prend plaisir à mettre les paroles des commandements dans la bouche de Jésus, mais pour souligner la nouveauté apportée par Jésus. S'Il se fie, s'Il reprend les paroles des ancêtres, c'est pour les accomplir, c'est pour leur donner leur véritable profondeur, leur véritable sens. Derrière ces paroles qui sont dites par Dieu à Moïse, et reprises par Jésus, il y a un appel qui est lancé à l'homme, un commandement, un réel interdit : tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, que ton oui soit oui, donc tu ne te parjureras pas, tu rendras donc la justice possible, tu rendras la vie en société possible. Derrière cela, il y a un appel qui est lancé à l'homme. Chaque commandement, chaque interdit est un appel à la liberté et au choix. L'homme se définit aussi bien dans l'Ancien Testament que dans le Nouveau Testament, comme un être appelé, comme quelqu'un qui est en vue de quelque chose. Nous lisions hier au cours des vêpres, un texte de la deuxième lettre aux Corinthiens, qui montre un peu cet accomplissement qui se fait en Jésus de ces paroles : "toutes les promesses de Dieu ont en effet leur oui en Lui, aussi est-ce par Lui que nous disons l'Amen à Dieu pour sa gloire". Les commandements suscitent une réponse, les commandements développés par Jésus suscitent une réponse chrétienne qui est celle du don, et la réponse que nous avons à donner, est un "oui". Le Christ, quand Il est venu dans la chair, l'ange a demandé à la Vierge Marie son "oui", son petit "oui".

Nous aussi, à chacun d'entre nous, est demandé ce "oui"qui se coule dans le "oui" du Fils, ce "oui" qui se coule dans l'Amen du Fils, cet Amen que nous prononçons quand nous recevons l'eucharistie, cet Amen qui est adhésion à la volonté salvifique de Jésus, cet Amen qui s'enracine profondément dans le terreau de l'Ancien Testament, mais que Jésus déploie à son comble pour que nous soyons parfaits comme note Père céleste est parfait.

 

 

AMEN