VOIR LA NOUVEAUTÉ DE L'ÉVÉNEMENT
Col 1, 9 b-12 ; Mt 21, 12-22
(30 août 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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n auteur disait que l'on croisait plus de gens dans notre vie que l'on ne pouvait en rencontrer. Je crois que cette histoire de la rencontre de quelqu'un peut nous éclairer sur l'évangile d'aujourd'hui et sur le fait qu'il n'y a pas de rencontre. Il y a une certaine manière entre Jésus et le temple, entre Jésus et ce figuier, qui n'est pas une vraie rencontre. Cette rencontre n'étant vécue uniquement que par les malades, les boiteux, que par les petits enfants.
Que faut-il pour non pas croiser quelqu'un et l'oublier une fois qu'on l'a croisé ? Mais que faut-il vraiment pour rencontrer quelqu'un ? Ce qui peut être vu au niveau de notre propre vie est aussi valable pour la rencontre avec Jésus dans l'évangile comme maintenant. Je crois même que c'est ce qui permet de mieux comprendre cette articulation entre l'Ancien et le Nouveau Testament.
En fait, je serai d'autant mieux capable de rencontrer quelqu'un lorsque je me serai forgé un vocabulaire, une grammaire, pour réussir à rencontrer l'autre. Il y a plusieurs manières de partir à l'étranger, mais pour beaucoup d'étudiants la première rencontre avec la langue étrangère, c'est d'être enfermé dans une petite cage en verre, avec des écouteurs sur les oreilles, un professeur qui surveille, et l'étudiant apprend au fur et à mesure à comprendre la langue, à la parler, de telle manière que lui aussi puisse être compris par l'autre. Arrive le moment où quand on a à peu près la grammaire en tête, le vocabulaire courant et la culture, on part à l'aventure et l'on essaie d'entrer en contact avec les autres. Généralement, on a des surprises, même si on avait des bonnes notes à la fac, cela ne suffit pas nécessairement pour se faire comprendre par l'autre. Cela ne suffit pas, d'autant plus que on ne peut pas non plus dans le contact avec l'autre dans le pays, ressortir les phrases telles qu'on les a apprises. C'est vrai que si on arrive en Angleterre, et qu'on passe son temps à dire "my taylor is rich", cela ne fera guère avancer la rencontre.
L'arrivée de Dieu dans notre monde, c'est Dieu qui apprend notre langage, notre culture et la manière dont les gens vivent. L'Ancien Testament, c'est tout ce temps, ce laboratoire dans lequel un peuple, Israël, est choisi pour apprendre cette langue, cette grammaire, ce vocabulaire. Et ainsi, pendant des siècles, la préparation du peuple de l'alliance consiste justement à se forger une mémoire dans laquelle il emmagasine un vocabulaire : la royauté, le messianisme, la prêtrise, l'onction, le salut, la mort, la souffrance. A mesure que ce vocabulaire est engrangé à partir d'expériences vécues, le peuple est prêt à recevoir son sauveur.
Par conséquent, lors de ce fameux épisode de Jésus au temple, il n'est pas tellement question de moralité. Nous on pense que Jésus est arrivé dans le monde tout simplement parce que le peuple juif avait atteint un niveau de moralité tel, que Dieu pouvait venir. Ce n'est pas cela. De même, dans cette situation de Jésus par rapport au temple, ce qui est en question, ce n'est pas la moralité, mais c'est plutôt que les gens n'ont pas compris qu'ils avaient à fermer leur dictionnaire, qu'il ne s'agissait plus de puiser dans les livres, mais de mettre en marche et de faire fonctionner enfin ce langage et cette grammaire qu'ils avaient acquis au cours des siècles. Il ne s'agissait plus de répéter des formules qui ne faisaient plus écho, mais de passer à un discours direct. Comme si là aussi, le changement entre l'Ancien et le Nouveau que vient faire Jésus dans ce temple, c'est d'expliquer qu'il ne s'agit plus de passer nécessairement par des médiations, les colombes et autres animaux, mais au contraire la nouveauté du Nouveau Testament, c'est que cette fois-ci on peut exercer la rencontre avec Dieu, directement, et non plus par des dons que l'on fait dans le temple.
Cela nous éclaire dans notre vie humaine, dans la manière dont nous avons à rencontrer les autres. La grande difficulté dans la rencontre ce n'est pas tant la moralité, mais c'est que nous soyons en adéquation entre l'événement vécu et les mots que nous mettons sur cet événement. De la même manière, ce que le Christ attend de nous dans cet épisode du temple c'et que nous soyons capables aussi de travailler sans filet, d'accepter quelquefois de laisser du préformaté dans nos rencontres avec Dieu, de faire un peu comme ces enfants. Quand Jésus parle de ces petits enfants, justement, "hosanna au Fils de David", nous sommes exactement dans le cas où des enfants qui apprennent à parler arrivent à utiliser un vocabulaire qui existe depuis des millénaires, "hosanna, le Fils de David," la royauté, et ils vont en faire quelque chose de neuf. Un vieux vocabulaire utilisé dans un événement pour manifester la nouveauté de ce qui se passe, c'est ce qu'ont fait les enfants.
C'est ce que le Seigneur nous demande quand avec le fouet, Il nous demande de nous débarrasser de nos tables de changeurs des colombes et autres choses qui nous encombrent, Il nous demande tout simplement de puiser dans notre vie du vieux vocabulaire, de la vieille grammaire que nous avons engrangé au cours de notre vie de chrétien, afin que nous puisions à l'aune de tous les événements que nous vivons redonner à ces mots une vigueur nouvelle, signe du travail du Nouveau Testament et de l'évangile dans notre cœur.
AMEN