TROUVER DIEU
1 R 3, 11-14 ; Mt 5, 38-48
(25 août 2003)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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'évangile, son mode d'expression, c'est l'exagération. Paradoxe. Mettre ensemble des choses qui ne tiennent pas ensemble. Il définit une sorte d'horizon que la main de l'homme ne peut pas atteindre, que le cœur de l'homme ne peut atteindre que la volonté de l'homme ne peut atteindre. Il contredit une sorte d'instinct naturel, déjà la vieille maxime "dent pour dent" était une sorte d'aménagement face à la violence des hommes, naturellement, on demande la vengeance au-delà même du crime qui a été commis, et cette loi du talion était une sorte de loi humanisant. On voit bien d'ailleurs que dans certains pays, on n'est même pas arrivé à "œil pour œil dent pour dent", on est encore à la vengeance dans le sang.
L'évangile va encore au-delà, il fait franchir les frontières de l'impossible et de l'extraordinaire en dessinant, en contrariant même celui qui doit se défendre naturellement, puisqu'il a reçu un soufflet, Jésus lui demande de tendre l'autre joue. Il y a une sorte de définition qui va au-delà de tout, par-delà l'humain. Il y a deux manières de réagir par rapport à cet évangile : celui qui veut s'en emparer comme toujours. Si le Christ avait voulu que nous apprenions par nous-mêmes à devenir meilleurs, il aurait donné un certain nombre d'étapes à suivre pédagogiquement, pour que nous apprenions, comme on apprend à un enfant à marcher, on ne demande pas à un enfant de faire d'emblée un marathon ! Or, l'évangile, c'est du marathon tout de suite, proposé à celui qui sait à peine marcher. Sinon, l'évangile serait un manuel de pédagogie, avec la leçon un, deux et trois, avec la manière de faire pour être meilleur. L'évangile dessine quelque chose d'autre, un autre Royaume, une autre frontière. Pourquoi ? Parce qu'il parle de Dieu qui vient vers l'homme et qu'Il donne quelque chose. Donc, la manière de vouloir s'en emparer, dans une très bonne volonté, d'une grande générosité, en général, c'est la tête contre le mur au bout d'un moment. Il y a une intelligence à connaître notre corps et notre vie humaine, avec ses imperfections, et contrairement à les imaginer capables de perfection, c'est Dieu qu'il faut aimer, et non pas la perfection. Tout est là. Le piège est immense. Non seulement on a fait tomber plein de gens avec cette histoire de perfection, mais en plus, on les a trompés. Il faut préférer Dieu à sa perfection, parce que cette perfection cache un orgueil juteux et inguérissable. L'orgueil ne se renverse pas en disant : "Seigneur je ne suis rien qu'une poussière", pas du tout ! On croit toujours que l'orgueil cela se renverse, je m'étale par terre et je m'écrase …
L'inverse de l'orgueil, c'est l'aveu, c'est la vraie humilité qui fait prendre le chemin marcher quoiqu'il arrive. Ce n'est pas en disant : "Seigneur, Seigneur, Seigneur" qu'on obtiendra le Royaume des cieux. C'est par une sorte de considération de notre faiblesse et de la prise en compte de cette faiblesse qu'on va amener et à ce moment-là il y aura un rencontre entre de l'humain et du divin, la grâce viendra nous aider à la manière au rythme qu'il veut vers la perfection qui sera la nôtre dont nous ne savons rien pour l'instant et que nous ne verrons pas sur terre. Ce serait bien consolant n'est-ce pas de vérifier que la perfection commence à venir. Mais, ce n'est pas la consolation que Dieu veut pour nous.
Tout est dans le mot, et je termine par là : "tendre vers, ordonné à, s'ouvrir à". Intention. On dessine notre humanité vers, on la tend comme on tend un arc vers un horizon, vers un achèvement dont nous ne savons rien à l'instant, que nous ne connaissons pas nous-mêmes parce que nous ne savons pas ce qu'il y a à parfaire en nous. Nous avons bien quelques idées sur ce que nous devrions être, mais c'est de l'imagination. Ce qu'il y a à parfaire, cet heureux compromis entre mes talents, ce que je peux devenir, l'histoire et mon cœur. Et la synthèse il faut être bien intelligent pour savoir la faire et personne ne pourrait la faire avant.
Que le Seigneur nous aide à le découvrir et non pas à nous découvrir sur ce chemin. Le retour de la lumière est si fort que nous nous verrons dans la lumière de Dieu, nous nous verrons bien, suffisamment, tels que Dieu veut que nous nous voyions et nous saurons aller vers Lui car c'est Lui qui marchera à nos côtés comme le montre l'icône qui est tous les jours dans cette église.
AMEN