LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ

Jg 9, 42-49 ; Mt 13, 36-43

(14 juillet 2003)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

E

t Jésus s'y reprend à deux fois, et Jésus explique l'évangile, et l'évangile explique l'évangile. On veut qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, on veut que les termes de cette parabole soient dépliés dans toute leur clarté, on ne veut pas qu'il y ait même l'espace d'une interprétation que Jésus a donné lui-même. Peut-être qu'il y avait une ambiguïté qui était saisie par les disciples, ambiguïté qui nous échappe, parce que nous on a tellement lu l'explication que Jésus a donné, que maintenant, on est un peu coincé, sur la parabole du bon grain, de l'ivraie.

Sur le fronton de nos mairies, il y a écrit liberté, égalité, fraternité. Dans le catéchisme que nous avons reçu de nos instituteurs quand on était petit, on nous a aussi expliqué cette devise républicaine. Est-ce qu'il y a la place d'un interprétation, est-elle fixée ? Y a-t-il des clés pour comprendre cette devise ? Elle est tellement habituelle que nous ne cherchons même pas forcément à l'expliquer, cela va de soi. La liberté, cela va de soi, c'est quelque chose qui est tellement en nous, comme dit Rimbaud : je veux la liberté dans le salut. C'est le cri de l'homme, le cri de l'homme qui eut être libre, c'est la liberté tellement désirée, tant aimée, tant choyée. L'égalité c'est la même chose que la liberté, peut-être prend-elle une place plus revendicative parce que tous les hommes aspirent à être égaux, et il n'est pas bon que certains soient moins égaux que d'autres. Comme disait Balzac : la joie de connaître des personnes qui se sentent égales, donc la joie, le bonheur d'être ensemble, la vie ne peut jaillir que dans cette égalité. Et le troisième terme, la fraternité. C'est un terme qui demande peut-être plus d'explications, de se dire que l'on est frères, cela va un peu plus loin.

Les autres dimensions s'expliquaient assez bien, mais là il y a une part qui nous échappe un peu. On a préféré parfois le terme de solidarité, mais cela ne veut pas dire forcément la même chose. Dans la fraternité, il y a quelque chose qui transcende l'homme profondément, alors que dans la solidarité, il y a un niveau qui reste horizontal. La fraternité en fait, pour dire rapidement, et vous le sentez comme moi, cela suppose qu'on ait un père commun, cela suppose qu'on puisse se référer tous à quelqu'un de supérieur à nous. La solidarité peut très bien se décider, se gérer indépendamment d'une référence extérieure, tandis que la fraternité que nous formons, qu'on essaie de construire, je crois qu'elle suppose aussi une référence qui a peut-être été un peu gênante et qui est là inscrite dans ce catéchisme républicain que l'on a eu, et qui méritait peut-être une explication pour savoir ce qu'ils ont mis derrière "fraternité". Est-ce qu'ils ont entrevu qu'il y avait un principe supérieur qui commandait cette dernière vertu ? cette vertu nationale, comme on dit qu'il y a des vertus cardinales.

Entrons dans cette eucharistie qui nous fait frères puisque nous partageons le même pain du Père, entrons dans cette eucharistie qui est cette proximité de Dieu, pour que nous soyons aussi chacun les frères de tous les hommes.

 

 

AMEN