LES GUÉRISONS, ANNONCE DE NOTRE RÉSURRECTION

Jg 5, 1-11 ; Mt 8, 5-17

(18 juin 2003)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

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rois récits de guérison dans cette page d'évan­gile et un enseignement profond sur les rap­ports de Jésus avec l'humanité souffrante.

Il y a d'abord la célèbre guérison du serviteur du centurion, et l'on a depuis longtemps remarqué dans cette attitude du centurion, l'humilité de cet homme : "Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit", la confiance : "Dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri", la reconnais­sance aussi de l'autorité de Jésus sur toutes choses, sur tous les événements de notre vie, sur toutes nos souf­frances et nos épreuves :"Moi je ne suis qu'un sous-officier et pourtant, j'ai des soldats sous mon autorité, je dis à l'un de faire ceci, et il le fait". Toutes choses sont comme des serviteurs, des soldats entre les mains de Dieu, et Dieu peut commander à toutes choses et toutes les choses lui obéissent. Voilà la profession de foi du centurion.

Plus profondément, dans cette guérison du serviteur du centurion, il y a l'exclamation de Jésus : "Nulle part, chez personne en Israël, je n'ai trouvé une si grande foi". Cela signifie d'une part que la foi qui est ce qui initie notre salut, la foi n'est pas réser­vée à Israël, même si Israël est le peuple choisi, le peuple élu, même si Israël en quelque sorte a été le vecteur de la révélation de Dieu, du salut apporté par Dieu à l'humanité, c'est à l'humanité tout entière que s'adresse ce salut, et la foi qui sauve peut se trouver aussi bien en Israël et en-dehors d'Israël. Précisément, ce centurion qui est un sous-officier romain, un oc­cupant de surcroît, se manifeste par sa foi, et il reçoit le salut par la guérison de son serviteur. C'est dans la bouche même de Jésus la proclamation fondamentale de l'universalité du salut. Dès le départ, la promesse à Abraham avait été faite pour toutes les nations, mais au fil des persécutions, des épreuves, des guerres, Israël avait fini par se croire privilégié, par penser que c'était pour lui d'abord qu'était le salut. Jésus, et après Lui les apôtres, saint Paul en particulier, remettront toutes choses à leur place : le salut est pour l'univers tout entier. Et même si Israël a joué un rôle capital dans cette préparation du salut, ne serait-ce que de nous donner Jésus Lui-même, même si Israël a joué un rôle particulier, ce rôle il est pour tous, au bénéfice de tous. Et voilà qu'un païen manifeste par sa foi une proximité avec le mystère de Dieu, avec le salut de Dieu, que Jésus affirme n'avoir trouvé nulle part, chez personne en Israël. Ce païen et beaucoup d'autres païens comme lui, venant d'une extrémité du monde à l'autre, du Levant au couchant, prendront place, nous affirme Jésus, au festin des noces, dans la béatitude éternelle, auprès d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, car même pour ceux qui ne sont pas Israël, même pour tous ces païens, c'est quand même le festin avec Abraham Isaac et Jacob, avec les patriarches qui leur est promis, car si le salut atteint tous les hommes, ils passent par l'intimité, la relation interpersonnelle, l'amitié de Dieu avec Abraham, prototype de l'amitié de Dieu avec tous les hommes.

Les deux autres récits de guérison sont plus brefs. Concernant la belle-mère de Pierre, je ne retiens qu'une chose : "Jésus lui touche la main et elle se leva". Se lever, c'est le mot même qu'utilisera l'évan­gile pour parler de la Résurrection du Christ. Ainsi donc, la guérison de la belle-mère de Pierre est comme une annonce de la Résurrection du Christ et surtout de notre résurrection dans le Christ.

Et puis, concernant les guérisons multiples accomplies par Jésus, le soir, quand on lui présente beaucoup de possédés, de malades, quand d'une cer­taine manière, la foule vient assiéger Jésus de ses souffrances, de ses épreuves, de ses maladies, Jésus les guérit et l'évangile de Matthieu nous donne là une indication très précieuse, le sens de cette guérison. Ce n'est pas simplement un geste de tout-puissance, comme l'affirmait le centurion, ce n'est pas simple­ment la manifestation de la maîtrise de Dieu sur l'uni­vers, c'est plus profondément que Jésus nous guérit en se glissant en quelque sorte à l'intérieur de notre épreuve, de notre maladie : "Il a pris sur Lui nos in­firmités, Il s'est chargé de nos maladies". La guérison n'est pas seulement une manifestation de toute-puis­sance, ce n'est pas seulement un miracle, la guérison, c'est un geste de miséricorde, d'intimité, Dieu se fait proche, jusqu'à prendre sur Lui, nos souffrances, jus­qu'à faire sienne nos épreuves et nos maladies. Et c'est là, de l'intérieur de cette communion avec nous, que Jésus nous guérit.

Ainsi donc, que cette page d'évangile nous invite à comprendre à la fois la toute-puissance de Dieu, à la fois, sa proximité, son intimité avec nous et la résurrection qui est le fruit de cette rencontre pro­fonde avec Lui.

 

AMEN