LE DIEU DES VIVANTS
Rm 11, 33-36 ; Mt 22, 23-33
(9 septembre 2002)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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rères et sœurs, c'est peut-être purement psychologique, mais je me sens poursuivi par ce passage d'évangile, d'abord parce que je suis presque certain que ce n'est pas la première fois que j'ai à prêcher dessus, et cela me rappelle q'ayant tenté de faire une thèse sur mariage et éternité, mon directeur de thèse m'avait demandé d'abord de travailler sur ce passage. Passage ô combien difficile, puisque concernant le mariage, on ne prend ni mari ni femme dans le ciel. On peut le regretter, mais ce qui me semblait encore plus difficile à avaler, c'est qu'on devenait comme des anges. Il faut donc travailler et aller un peu plus loin, des réponses ou des voies peuvent s'ouvrir. Cela peut réjouir certains de devenir des anges, mais je ne crois pas, ou cela me semble être méprisant pour l'humanité que nous perdions notre féminité ou notre masculinité dans le ciel. Etre comme des anges pourrait signifier qu'il faut être comme des anges dans leur nature de louange. Les anges ne sont faits et n'existent que pour louer Dieu. On peut louer Dieu si l'on est un ange, mais également me semble-t-il, si l'on est un homme ou une femme.
Dans cet évangile d'ailleurs, une autre question se pose, c'est celle du statut de la femme puisqu'elle n'est apparemment qu'un pion sur l'échiquier. Personne ne se préoccupe de savoir si elle a envie ou non des sept maris qui défilent les uns après les autres, (vous me direz qu'elle a l'avantage de mourir après eux donc elle ne les subit pas forcément longtemps !), mais en revanche la Loi l'oblige à épouser sept hommes dont elle n'a peut-être pas du tout envie. Ce passage d'évangile me semble rempli d'éléments intéressants. Il fourmille de différentes références et attendus qui, trop souvent, nous échappent. Le sujet qui est derrière c'est non pas de savoir si nous pourrons faire des galipettes au ciel, et donc si le mariage a ou non un intérêt, mais le sujet véritable est la résurrection. Et cette résurrection reste un vaste problème.
Il me semble que ce que dit Jésus dans sa réponse, est très important. Il dit aux sadducéens qui nient la résurrection : "Vous êtes dans l'erreur. Ne connaissez-vous pas l'Ecriture ? Le Seigneur a dit : je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, non pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants". Aujourd'hui quand nous réfléchissons sur ce passage d'évangile, qu'est-ce que cela peut bien nous dire ? Ce sont des références, bien sûr, bibliques, voire spirituelles, les figures d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, mais elles peuvent nous paraître bien lointaines. Arrêtons-nous sur : "Je suis le Dieu des vivants et pas le Dieu des morts". Cela ne signifie pas naturellement, sinon l'Église aurait du mal à remplir ses caisses, que nous n'avons pas à prier pour nos défunts, et à dire des messes pour eux, comme nous allons le faire tout à l'heure dans le memento des défunts. Prier pour les morts, dans notre espérance, ce sera pour dire que nous les croyons justement vivants auprès de Dieu.
Ce qui nous interpelle ici, c'est donc de considérer que cette parole de Jésus ne s'adresse pas simplement à un avenir plus ou moins lointain qui serait inéluctable, à notre mort. Mais cela s'adresse à notre présent, où justement nous sommes appelés à la vie. La question donc se renverse : si Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants, il faut que nous nous interrogions sur la qualité de ce que nous vivons, et si nous sommes vraiment vivants. Si c'est une question à laquelle nous pouvons répondre, nous comprendrons que bien trop souvent, nous vivons comme des zombies ou des quasi-morts. Dieu n'est pas le Dieu pour paraphraser l'évangile, de nos morts, mais de nos vies. Ne mêlons pas Dieu à nos morts, qui sont nos péchés, nos travers, nos histoires foireuses, parce que ce n'est pas Dieu qui est à l'origine de cela, et Il ne le désire pas. Il n'est pas le Dieu de nos morts, Il est le Dieu de nos vies. Il est le Dieu de la vie que nous donnons, de la vie que nous créons, de la vie que nous manifestons. Il est le Dieu de nos solidarités, le Dieu de notre espérance, de notre charité, le Dieu de notre vie, parce que le Dieu de notre résurrection, aujourd'hui, pas demain !
AMEN