A LA LUMIÈRE DE LA MISÉRICORDE
Rm 10, 1-12 ; Mt 19, 1-12
(2 septembre 2002)
Homélie du Frère Yves HABERT
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et évangile que nous venons d'entendre est précédé par un texte sur le débiteur impitoyable, cet homme à qui l'on a remis beaucoup et qui trouve un créancier qu'il va jusqu'à battre pour qu'il lui rende les trois sous qu'il lui devait. C'est très important de relier ces textes que nous venons d'entendre à la lumière de la miséricorde, parce qu'on sait que ce n'est pas facile aujourd'hui d'être marié que d'être consacré. En cadrant bien la situation, on se place d'emblée sous le regard de la miséricorde, d'un Dieu qui nous pardonne beaucoup plus que ce que nous pouvons pardonner de tout petit à nos frères. Un Dieu qui nous remet des dettes énormes par rapport à quelques dettes que nous remettons par-ci, par-là !
Le texte qui suit, c'est étrange, c'est celui de la bénédiction des enfants : "Heureux ceux qui se comportent comme des petits enfants, le royaume des cieux leur appartient". D'un côté la miséricorde, de l'autre l'esprit d'enfance, (qui n'est pas enfantin), mais qui consiste à tout accueillir dans la nouveauté. C'est peut-être cet esprit d'enfance et de miséricorde qui manque à ces pharisiens qui demandent à Jésus si l'on peut répudier sa femme pour n'importe quel motif. Les écoles variaient, les motifs variaient, la palette recouvrait les plus durs aux plus laxistes, de toute façon, c'était toujours l'homme qui répudiait sa femme, ce n'était jamais l'inverse. Et Jésus répond : "N'avez-vous pas lu ?" J'aime bien, parce qu'il ne répond pas comme un témoin de Jéhovah. Il ne dit pas : c'est marqué, c'est comme ça ! Il ne répond pas non plus en faisant appel à une sorte de projection, ou d'un âge d'or où tout le monde aurait très bien vécu le mariage, tout le monde aurait très bien vécu ensemble. Il ne cherche pas à dire qu'à un moment cela s'est très bien passé. Mais Il dit : "N'avez-vous pas lu ce que le Créateur fit dès l'origine ?" Cela veut dire : au lieu de vous interroger sur le motif de la répudiation, n'avez-vous pas saisi qu'il y a une intention vraiment profonde de la part du Créateur ? Dieu les a fait homme et femme ! Je trouve cela très important que le Christ ne renvoie pas à un âge d'or, ni à une parole qui serait bloquée, mais Il renvoie à un immense désir. "Dieu les fit homme et femme. L'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair". C'est-à-dire qu'à travers l'union de l'homme et de la femme sera signifiée aussi l'union de Dieu et de l'humanité.
C'est ce qui est dit aussi par le texte difficile de l'épître aux Romains. Paul dit qu'il y a une justice qui naît de la Loi, et qu'obéir à la Loi donne la vie. Mais il y a une justice qui procède de la foi, qui consiste à se dire que cette foi, on la reçoit d'un autre, qui consiste à dire qu'on ne va pas monter au ciel pour aller chercher le Christ, mais Il est descendu, on ne va pas descendre au fond des enfers pour aller le chercher, puisqu'il y est déjà allé, mais la Parole elle est dans notre bouche et dans notre cœur, dans cette actualité brûlante de la présence de la Parole en nous, de la présence de ce mystère pascal en nous.
Donc, quand le Christ dit : "N'avez-vous pas lu que le Créateur les fit homme et femme", Il nous invite à dépasser une justice qui viendrait seulement de la Loi, mais accueillir une justice qui vient de la foi, c'est-à-dire accueillir le fait que nos couples, même nos vies consacrées, puisqu'il parle aussi des eunuques pour le royaume des cieux, nos vies consacrées sont traversées par le mystère pascal, par cette mort et cette Résurrection de Jésus. C'est en accueillant profondément dans nos vies ce mystère de Pâques, ce mystère de mort et de Résurrection, que nous pourrons aller pleinement vers Dieu, et vers tout ce qu'il a voulu signifier par cet immense désir qu'il a mis au cœur de l'homme et de la femme à l'origine.
AMEN