L'HUILE ... OU LA MISÉRICORDE DE L'ÉPOUX ?

Ap 21, 1-7 ; Mt 25, 1-13

(27 novembre 2001)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

I

l y a évidemment un certain humour dans cette parabole. Dans la vie il y a toujours des gens qui pensent qu'ils ne peuvent pas aller à la noce ou à la fête parce qu'un bouton de leur veston est décousu, ou que la broche n'est pas exactement appareillée à la couleur de la robe. C'est le défaut que nous avons tous, c'est de penser d'abord ou de projeter un certain ordre, une certaine organisation, et puis, quand cela ne se passe pas comme prévu, alors, on se sent dis­qualifié. C'est un peu ce qui est arrivé aux vierges folles. C'est vrai qu'on ne devrait pas traduire folles, on devrait plutôt traduire imprévoyantes ou irréflé­chies, elles ne sont pas encore tout à fait bonnes pour le divan psychanalytique ou l'asile psychiatrique, ces pauvres vierges, elles ne sont pas si folles sur cela, mais leur folie en réalité, c'est de penser que pour entrer dans le cortège il faut avoir la lampe allumée, et que donc, si on n'a pas l'uniforme, si on n'a pas le costume, si on n'a pas le tchador, la religion s'écroule ! Evidemment, au moment même où il faut participer au cortège, elles se sentent absolument honteuses et elles ont l'impression que normalement elles ne peuvent pas y participer. Celles qui sont "sages", sont plutôt sages pour elles et pas pour les autres et leur disent : évidemment, mes pauvres amies, nous aussi on tient au décorum, et, on a juste ce qu'il faut, par conséquent, débrouillez-vous autrement.

Moi je crois que l'erreur des insensées ou des irréfléchies, c'est de n'avoir pas osé finalement aller vers l'Epoux et de lui dire : écoute, voilà, cela fera moins bien dans le cortège, ce ne sera pas aussi bien que tu ne l'attendais, on n'est pas à la hauteur pour faire les filles d'honneur, mais on te demande dès maintenant quand même la miséricorde. Parce que c'est maintenant qu'il faut demander la miséricorde, si on s'acharne tellement sur l'alimentation et le remplis­sage des lampes à huile, évidemment, l'Epoux peut en prendre un certain ombrage en disant : au fond, elles pensent plus au décorum qu'à être là autour de moi pour me fêter. Et donc, c'est un petit peu cela l'erreur de ces pauvres filles, c'est qu'au lieu de se dire: bon, voilà, on s'était préparées pour la noce, on aurait bien voulu y participer, mais en réalité, cela ne marche pas, alors, tant pis, on demande la miséricorde de Dieu, et l'on verra bien ce qui arrivera.

Cette petite parabole touche quelque chose d'assez profond dans notre vie, c'est : comment nous préparons-nous au Royaume des cieux ? Est-ce qu'on se prépare en essayant toujours d'alimenter la lampe, finalement est-ce qu'on pense à la lampe, ou est-ce qu'on pense au Christ ? C'est vrai que notre manière de veiller souvent se préoccupe plus de ce qui pourrait apparaître comme un détail par rapport à ce qui est fondamental : le Seigneur vient ! Toute la littérature du Nouveau Testament est traversée par cette certi­tude, quelle que soit la situation où l'on se trouve, c'est toujours une situation d'accueil et de venue du Seigneur, et puis, quelles que soient les circonstances dans lesquelles nous sommes trouvés, la seule vérita­ble huile qui est capable de faire fonctionner notre lampe, c'est finalement le pardon de Dieu.

 

 

AMEN