SORTIR DE LA FOULE ANONYME
Tt 3, 1-7 ; Mt 21, 33-46
(4 septembre 2001)
Homélie du Frère Yves HABERT
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ette parabole que nous venons d'entendre se placent dans l'ensemble de ces paraboles qui traitent de la persistance de la religion juive, de la foi juive alors que naît l'Église. On y perçoit tous ces rapports difficiles dont les actes et les lettres de saint Paul nous retracent les exemples, entre cette permanence de la foi juive face à cette émergence nouvelle, d'un peuple nouveau qui n'a plus besoin de circoncision mais qui est revêtu du baptême.
Le sens de la parabole est clair. Ce qui me frappe dans cette parabole, c'est une opposition entre l'unité et le multiple, l'unité et la foule, l'unité et l'indifférencié, entre le nommé et ce qui ne l'est pas puisqu'il s'agit d'un groupe auquel on ne peut donner de nom. Un homme, une vigne, une clôture, un pressoir, une tour, un fils, et en face de cela, des vignerons. En face de cette permanence de l'unité du plan, du projet d'amour, de quelque chose qui tient la route, il y a ces vignerons qui se révoltent contre l'héritier pour prendre son héritage. Il y a dans ce drame qui se noue dans cette vie, quand le sang se mêle au vin, il y a le drame entre une personne et une foule, entre une personne et le monde du "on" le monde de l'anonyme, cette foule qui est tellement versatile et qu'on peut manipuler, cette foule dont on ne fait pas grand cas non plus.
Mais c'est une autre parabole, parce que cette parabole des vignerons homicides est précédée par une autre parabole où là, tout d'un coup, c'est le deux qui surgit : un homme avait deux enfants, et il veut les embaucher pour aller travailler à sa vigne. L'un dit, j'y vais, mais il n'y va pas, l'autre répond, non je n'irai pas, mais il y va ! A travers ces deux paraboles nous est signifié que dans cette permanence de l'unité, il y a toujours aussi un débat et que c'est le génie de la foi chrétienne d'avoir su intérioriser ce débat, d'avoir pu dire que le cœur de l'homme était profondément le lieu d'un débat, que le cœur de l'homme c'était y aller ou ne pas y aller, se donner ou ne pas se donner. Mais le Fils, quand Il ira à la croix dira : j'y vais. Le Fils est Celui qui a parfaitement accompli la volonté du Père. Les vignerons eux, n'ont pas accompli la volonté du Père, ils sont restés dans l'anonyme, ils sont restés dans cette fusion qui ne permet pas un oui profond. Ils sont restés dans ce monde de la foule dans ce monde de l'anarchie où le lieu du "oui", ou du "non" n'est pas possible.
Demandons au Seigneur que dans notre cœur se fasse en vérité, ce creuset, ce lieu où nous pourrons dire un oui en vérité. Demandons au Seigneur de savoir peut-être nous dégager de l'opinion commune, de savoir peut-être nous dégager de ce mouvement de foule qui nous entraîne pour que nous ayons le courage, l'audace aussi de dire ce oui que le Seigneur attend de nous, ce oui qui n'est jamais que l'accomplissement de ce baptême dont nous parle l'épître à Tite, ce bain de rénovation, comme on rénove un cuir pour lui rendre ses couleurs originelles, ce bain de régénération où nous sommes engendrés dans le Fils, pour être les fils du Père.
AMEN