LA LONGUE PATIENCE DE DIEU

Tt 1, 1-5 ; Mt 20, 1-6

(30 août 2001)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

e retiendrai deux choses assez courtes dans l'évangile de ce jour. Il n'y a pas d'accumulation possible dans la relation avec Dieu, on ne peut pas thésauriser. Il n'y a pas de garanties ni d'assurance vie. Ce qui compte pour Dieu dans l'Alliance qu'Il conclut avec nous, c'est l'intensité de l'instant. Il y a donc de la place pour ceux qui arrivent en retard, comme pour ceux qui sont in extremis convoqués par Dieu. C'est d'ailleurs là le fondement de la théologie de la rédemption et du salut offert à tous les hommes. Dieu se propose à tous les hommes jusqu'à la dernière seconde qui précède la mort. On ne sait pas si des hommes ont dit "non" jusqu'à la fin, mort comprise, c'est le thème de l'enfer, mais Dieu se proposera inlas­sablement jusqu'à la dernière minute à tout homme quel qu'il soit ! Il n'y a pas un moment donné d'échec de la part de Dieu. Il ne cessera jamais d'inventer une nouvelle proposition de son amour, mais il est possi­ble que l'homme s'y refuse mort comprise, et dans ce cas-là, il signe pour son éternité ce refus de Dieu qu'on appelle l'enfer. Mais l'enfer n'est pas fermé de l'extérieur, par Dieu qui enfermerait ceux qui se refu­seraient, mais il est fermé de l'intérieur.

Deuxième chose qui me paraît plus originale, c'est que Dieu dit : "faut-il que tu sois jaloux parce que je suis bon ?" Contrairement aux apparences la bonté, comme l'innocence d'ailleurs, ne sont pas for­cément contagieuses, mais peuvent susciter une jalou­sie, une envie et un péché. Ce qui explique beaucoup de choses dans le procès du Christ, c'est que la figure innocente qu'Il était, irritait les hommes. Et au fond, la bonté, la sainteté, n'attirent pas d'emblée et automati­quement une autre sainteté. C'est très difficile pour nous de voir comme en un miroir, les aspects défor­mants de nos péchés. Cet inconvénient majeur et in­volontaire de la part du saint qui nous renvoie à nos déformations, peut nous amener à le détester et à le rejeter. Nous pensons souvent que la bonté est conta­gieuse, et que quelqu'un qui est bon invite les autres à être bon, ce qui peut être vrai, mais cela peut aussi être tout à fait l'inverse et provoquer un abîme de haine. C'est pourquoi il y a aussi à prendre conscience que la bonne figure, ou la figure innocente peut pro­voquer en nous des réactions très violentes.

L'envie, c'est le modèle, l'archétype du péché, l'envieux. Satan est envieux de Dieu. C'est le point de départ, c'est la source du péché. Elle est tellement insupportable à nos yeux que souvent nous ne la re­connaissons pas en nous, et nous la déguisons sous d'autres formes plus justifiables et subtiles. Mais en fait au fond, le péché de base, c'est l'envie. Nous avons à nous recevoir comme tels, et surtout avec l'heure à laquelle nous avons été appelés, et nous sommes de nouveau appelés, ce qui doit être pour nous un encouragement, parce que même si nous avons loupé le premier rendez-vous, d'autres revien­dront, et Dieu re-proposera de façon intacte le denier du salut, le salaire du salut, c'est-à-dire sa vie.

Que Dieu nous assure et nous donne l'espé­rance que rien n'est définitivement acquis ni perdu avec Lui, mais que tout s'écrit tout de suite, mainte­nant dans une éternelle jeunesse qui est l'appel de Dieu pour chacun de nous.

 

 

AMEN