POURQUOI DISCUTER LE PRIX DE LA CONFIANCE

1 S 28, 1-7 ; Mt 11, 25-30

(6 juillet 2001)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

D

ans ces textes que nous venons d'entendre, dans la première lecture aussi bien que l'évangile, il y a comme trois fils qui s'entre­croisent se mêlent et se tissent, trois fils qui nous parlent d'une chose : notre relation à Dieu.

Dans le premier texte qui n'a aucune commu­nication divine, il n'est pas branché avec le Bon Dieu, il n'a pas un téléphone portable avec Dieu au bout du fil, Saül comme il n'y a plus rien à attendre, va consulter une nécromancienne, quelqu'un qui inter­roge les morts, une sorte de voyante, une sorcière pour lui dire quoi faire ? Le péché de Saül, Dieu se tait, et il va aller chercher par des chemins détournés de quoi rentrer en contact, en communication.

L'évangile nous parle aussi de communica­tion, parce que cet évangile a été révélé aux simples, aux tout-petits, cet évangile a été caché aux habiles selon le monde, ceux qui se vantent de leurs connais­sances. Au plan de la connaissance et de la pratique, est-ce que Dieu est capable oui ou non de me soulager de mon fardeau : "Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et Je vous soulagerai". Ces trois textes nous parlent de notre relation à Dieu.

J'ai un exemple qui me vient, à fréquenter les bouquinistes, il y a une certaine catégorie de person­nes qui arrivent chez le bouquiniste, en général sans dire bonjour, ils rentrent et se disent qu'il n'aura sûre­ment pas ce que je cherche. C'est impossible qu'il ait ce que je cherche, mais ils demandent quand même, le bouquiniste fouille, trouve trois livres avec différents prix, de différentes éditions, les personnes consultent les livres, et demandent : "combien vous nous le fai­tes ?" Le commerçant répond : "Le prix est marqué dessus". "Oui, mais combien vous le faites ? " -"Non, je ne peux pas changer les prix, c'est marqué dessus !" Et les personnes s'en vont. Et je crois qu'avec Dieu, c'est un peu comme ça. Souvent, nous arrivons, nous avons un désir, on est persuadé d'ailleurs que Dieu ne pourra pas le réaliser, on est persuadé qu'Il n'arrivera pas à le trouver, on est persuadé déjà que la commu­nication, la relation est faussée à la base parce qu'on rentre avec une sorte d'à priori dans notre relation à Dieu. Dieu nous trouve ce que nous avons demandé, bien sûr, cela a servi, c'est un moyen qu'Il a déjà pro­posé à d'autres, bien sûr c'est un moyen qui a fait ses preuves depuis deux mille ans, le livre est un peu écorné, et Il nous dit : il est à toi ce livre, mais à toi aussi de faire cet effort que je te propose. Et nous, on répond : est-ce que Tu ne peux pas nous faire un prix ? Est-ce que Tu ne peux pas nous donner ce que l'on cherche, mais je voudrais que Tu puisses me faire un prix là-dessus, que Tu puisses me faire un petit quel­que chose. Et Dieu dit : non, si tu veux avoir cela, si tu veux avoir cette paix du cœur, si tu veux que je te soulage, si tu veux que je te parle, il te faut continuer à rentrer dans cette confiance, il faut passer par les moyens que je te propose. Et l'on s'en va tout dépité.

Il nous faut entrer dans la boutique du Bon Dieu avec un désir, un désir encore plus grand même que celui qu'on peut avoir, il faut pouvoir chercher l'édition originale qu'on ne trouvera nulle part. Dieu va nous la trouver, mais quand il va falloir discuter, il faut dire : d'accord, je marche, je rentre dans ton plan, Tu m'as trouvé ce que je cherchais, Tu m'as trouvé cette paix, Tu m'as trouvé ce moyen d'entrer en com­munication avec Toi, c'est d'accord. Voilà ce qui dé­noue notre relation à Dieu, cet à-priori d'une sorte de confiance dans ce que Dieu nous propose, une sorte de confiance dans ce qu'Il a, dans ce qu'Il est, et alors affectivement, à ce moment-là si on arrive avec ce cœur tout simple, si on arrive avec ce cœur disponi­ble, à ce moment-là Il fera de grandes choses aussi pour nous.

 

 

AMEN