LA PERSÉCUTION

1 S 26, 13-25 ; Mt 10, 23-33

(4 juillet 2001)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette page d'évangile, frères et sœurs, annonce aux disciples les persécutions qu'ils auront à subir. Ces persécutions, Jésus donne à ses disciples plusieurs indications à leur sujet. La pre­mière, c'est qu'ils ne doivent pas craindre ceux qui ne peuvent s'attaquer qu'à notre vie de la terre, nous ne devons craindre seulement que celui (Satan) qui peut perdre non seulement notre corps, mais aussi notre âme.

Nous sommes donc invités à une échelle des valeurs qui ne nous est pas spontanée, nous sommes légitimement attachés à notre vie de la terre, et il est normal que nous craignions tout ce qui peut lui être contraire, mais Jésus nous invite à avoir un regard plus perçant et à considérer l'essentiel de notre vie, c'est la vie de notre cœur, ce que nous appelons la vie éternelle, qui est déjà commencée en nous, mais qui n'est pas seulement de ce monde mais aussi et d'abord du monde éternel, le monde de Dieu. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre ce que Jésus dit : "Même vos cheveux sont comptés, vous valez mieux que ces passereaux qui pourtant ne peuvent pas périr sans que le Père le sache". Cette promesse de Jésus ne veut pas dire que Dieu nous évitera les souffrances ni même les persécutions, mais que Dieu est attentif à tout instant de notre vie, à tout événement, si minime soit-il, de notre vie, attentif non pas pour nous éviter les épreuves mais pour nous conduire au vrai sens de notre vie, pour qu'à travers ces épreuves éventuelles, voire ces persécutions, ce soit la vérité de notre vie avec Dieu qui soit épanouie, sauvegardée, bénie, consacrée.

La raison la plus profonde de ces persécu­tions, et aussi de cette attention paternelle de Dieu à l'égard de ce qui est décisif pour nous, c'est que nous sommes comme notre Maître, nous sommes comme Jésus Lui-même. Jésus Lui-même a connu les épreu­ves et la persécution, et la mort et la croix, et nous ne pouvons pas prétendre échapper à ces épreuves, mais nous ne les vivons pas seuls, nous les vivons comme Lui, avec Lui, pour Lui. De même que Jésus à travers ses épreuves a atteint la résurrection pour Lui-même et pour l'univers tout entier, le salut de toute l'huma­nité, de même nous aussi à travers ces épreuves de cette vie, à travers éventuellement les persécutions, nous adhérons au chemin même du Christ qui à tra­vers la croix et la mort va à la résurrection, et c'est de cela que le Père est garant, c'est cela que Dieu nous promet, et sa promesse ne peut pas être vaine.

C'est pourquoi, marchant avec le Christ, vi­vant tout ce qui se passe dans notre existence, même le plus difficile, même les moments les plus doulou­reux, les vivant avec le Christ et comme Lui, nous savons qu'ils aboutissent non pas à la ruine, non pas au désastre, à l'échec, mais à la vraie vie. C'est pour­quoi nous devons, nous dit Jésus, avoir le courage de dire à haute voix, clairement, ce qu'est la vérité de Dieu : "Rien n'est voilé qui ne doive être révélé, rien de caché qui ne doive être connu et proclamé au grand jour tout ce que vous avez appris, même dans le creux de l'oreille" Nous devons proclamer cette gloire et cette puissance de Dieu, c'est cela la foi. La foi c'est avoir en Dieu une confiance assez grande pour ne pas hésiter à proclamer sa gloire, à proclamer sa vérité, quoiqu'il en coûte, car précisément, à travers les éventuelles épreuves que cette proclamation de la vérité peut nous faire traverser, c'est la vie véritable, la vie même de Dieu, cette vie qui est cette vérité, c'est cette vie-là qui nous est promise, et la promesse de Dieu ne peut pas faillir.

Nous ne pouvons pas frères et sœurs, imaginer une vie qui soit dépourvue de tentations, d'épreuves, de chutes, de malheurs, nous ne pouvons pas imaginer pour nous une vie qui serait parfaitement lisse, parfaitement sans aspérités. Mais nous savons qu'à travers cette vie, remplie d'embûches, nous commençons à voir surgir en notre cœur la vie véritable, celle que le Père nous promet, et sa promesse ne sera jamais mise en défaut.

 

 

AMEN