LA BARQUE DE L'ÉGLISE

1 S 25, 39-42 ; Mt 8, 23-27

(26 juin 2001)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

L

a tempête est toujours une expérience limite, une expérience de nos limites, des limites entre la terre, la barque et l'eau. Une diffé­rence de pression entre des masses d'air, entre des hautes pressions et des basses pressions, entre des océans. L'expérience limite de la tempête qui surgit juste au moment où l'évangile va passer de l'autre côté, du côté des Géradéniens, où l'évangile va passer de l'autre côté d'Israël. Expérience limite qui nous pousse dans nos retranchements, qui nous pousse à trouver en nous des forces neuves pour dépasser cette tempête. Et le Christ dort. Alors que c'est Lui qu'on aurait dû convoquer pour l'occasion, c'est Lui qui aurait dû mettre en oeuvre son immense force, et là, on rencontre sa faiblesse, la faiblesse d'une fatigue provoquée par la vie apostolique.

Dans la tempête il y a plusieurs attitudes, comme le bateau menace de couler, quand ce n'est pas un paquebot, ni un yacht, ainsi quand c'est une barque de pêche, c'est toute une conception de l'Église d'ail­leurs cette barque de pêche, l'Église n'était pas le Ti­tanic, c'était une barque. Et quand le Titanic coule, il y a différentes attitudes pour se dégager, pour susciter en nous cette force qui va nous permettre de franchir cette expérience limite. Quand tout tremble, quand tout bouge, quand il n'y a plus de terre ferme sous nos pieds. La première expérience, c'est peut-être la pre­mière attitude, ce serait de se dire évidemment qu'on n'est pas si mauvais nageur que cela, qu'on arrivera bien à s'en sortir tout seul, que si l'on mobilise ses forces intérieures et sa force physique, on arrivera bien à s'en sortir. C'est l'inconscience de cette attitude en pleine nuit au milieu du lac. L'autre attitude peut-être plus spirituelle, je vais fuir, je vais sortir de mon corps, je vais me concentrer et mobiliser des forces spirituelles en moi pour me permettre de franchir la tempête. On sait bien que quand ça bouge vraiment que ces forces-là on a bien du mal à les mobiliser. On a bien du mal à se sauver quand ça bouge vraiment, par simplement une sorte d'élévation. On pourrait se dire : moi je me sauverai parce que je ne suis pas seul. Si tous les gars du monde se tenaient par la main, à ce moment-là on pourrait faire quelque chose. Si on se mobilise tous, si on s'entraide tous, on pourrait peut-être arriver à se sauver. Dans le naufrage du Titanic, c'est très étonnant de voir que les premières classes qui avaient à leur disposition plus de bateaux s'en sont sortis bien mieux que les troisièmes classes, finale­ment, chacun est monté dans un bateau, et s'entraider comme cela, ce n'est pas la solution.

Je crois que l'attitude la plus raisonnable, c'est l'attitude de la foi, c'est l'attitude de la confiance de cet apôtre qui criait : "Jésus, Seigneur, nous péris­sons". L'attitude de se remettre complètement à Celui qui seul peut nous sauver. C'est l'attitude de prendre la main qui va nous tirer du bouillon, c'est l'attitude de cette confiance radicale de ce Sauveur qui va franchir le bouillon d'abord, pour nous en arracher ensuite. Après, il faudra élever la croix, après il faudra y met­tre la voile de l'espérance, après il faudra que le souf­fle de la charité gonfle ces voiles et nous emmène jusqu'au port tranquille nous emmène sur cette plage, suivant le mot de Rimbaud "couverte de blanches nations en joie".

Mais l'attitude fondamentale, l'attitude qui nous est demandée quand souffle la tempête, c'est cette confiance profonde au Christ.

 

 

AMEN