DIEU CONNAÎT NOS MESURES !

1 S 25, 2-12 ; Mt 7, 6-13

(20 juin 2001)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

L

a Parole de Dieu peut-elle circuler à n'importe quelles conditions, peut-elle être annoncée à tout le monde, en tous lieux, en tous temps, d'une manière brute, sans prendre en considération les différences de culture, de civilisation, de niveau de sagesse, de niveau intellectuel ? Alors que nous allons bientôt terminer la lecture de ce sermon sur la monta­gne, en me basant sur la Parole de Jésus, il me semble que comme Il dit qu'on ne peut pas donner des perles aux pourceaux, c'est-à-dire que ce qui est sacré, la Parole de Jésus, la Parole de son Père ne peut pas être donnée à n'importe qui ni livrée n'importe comment. En effet, ce sermon sur la montagne si difficile à en­tendre et à appliquer peut avoir comme conséquence de nous faire baisser les bras et d'aboutir dans notre esprit, dans notre vie à une sorte de lassitude, de dé­sespoir qui nous ferait dire qu'en définitive ce que Jésus nous demande dans le sermon n'est pas applica­ble.

L'autre possibilité ce n'est pas de baisser les bras, mais de serrer les poings et de dire que ce ser­mon si difficile, je vais réussir à mettre en pratique ce que Jésus me demande de faire. Et là, on arrive à un autre extrême où l'on considère que sans regarder les expériences que je vis, sans regarder où je suis, il me faut absolument réaliser et tenir à ce que Jésus me dit sans ces Paroles. Ses conseils sont des commande­ments et je dois absolument dans tous les cas les sui­vre et les tenir. Et je pense que ce qui soutient cette manière de voir les choses est un peu cette culpabilité qui nous habite tous de vouloir faire toujours le mieux possible, de faire le bien, une sorte d'oubli de soi col­lectif où il faudrait gommer ce que nous sommes pour laisser la place à une perfection que Jésus nous de­mande dans toute l'Écriture d'ailleurs, mais une per­fection qui serait fondée sur un oubli total de ce que je suis. Aussi, cette deuxième me semble tout aussi dan­gereuse que l'autre car elle oublie quelque chose de fondamental, c'est que le sermon sur la montagne, la Parole de Dieu, l'évangile est fondé sur un lieu que Dieu nous demande d'habiter : la liberté. Quand je lis le sermon sur la montagne, il y a deux choses qui me viennent à l'esprit, c'est d'abord les vœux monastiques de chasteté, d'obéissance et de pauvreté, et puis, c'est un épisode des Actes des Apôtres, où il est question d'Ananie dans cette première communauté où chacun donne et reçoit selon ses besoins, et Ananie va penser qu'il est obligé de donner quelque chose aux apôtres, qu'il est obligé de donner le prix de son champ. Or Dieu n'oblige pas. Je pense qu'il est très dangereux de lire le sermon sur la montagne avec dans la tête une certaine idée de Dieu, quand nous lisons l'évangile, surtout les commandements ou les conseils évangéli­ques, quelle image de Dieu se forge dans ma tête ? Car enfin, si pour moi, Dieu est tellement exigeant, je vais sans doute m'imaginer quelqu'un de tellement dur et oppressant que Dieu m'obligerait à faire des choses impossibles. Or, tous ces conseils reposent sur deux choses : d'abord sur la sagesse, savoir quoi faire au bon moment, et sur la liberté. Dans la première com­munauté de Jérusalem, Ananie n'est pas du tout obligé de vendre son champ, il peut très bien garder tous ses biens, mais il s'imagine qu'il est obligé de le faire sinon il n'aurait pas accès au salut. En fait, Pierre qui lui parle à ce moment-là lui montre bien que Dieu nous renvoie à notre liberté et qu'Il ne nous oblige pas à faire des choses "impossibles".

Le sermon sur la montagne sont à l'image de ce sketch de Fernand Reynaud que vous avez sans doute vu, c'est le tailleur. C'est-à-dire que ce pauvre homme qui vient avec l'espoir d'avoir un beau costume, se retrouve avec un costume mal taillé, et, il est obligé de se contorsionner dans tous les sens pour que le costume lui aille plus ou moins bien. Je dirais que le sermon sur la montagne, c'est la même chose. On peut avoir le sentiment que Dieu nous donne un costume déjà taillé, nous constatons qu'Il ne nous va pas et nous sommes cependant obligés de rentrer dedans. Alors qu'en fait, Dieu est un véritable tailleur qui nous fait un vêtement sur mesure, selon ce que nous sommes, selon nos besoins. A ce moment-là, il ne s'agit pas de tenir des lois ou des commandements impossibles mais de découvrir qu'à travers les conseils évangéliques que Jésus nous donne, Il n'a qu'un seul désir, c'est de nous offrir la possibilité d'avoir une vie chrétienne selon nos besoins, selon nos capacités, pour nous faire grandir chacun comme nous sommes.

 

AMEN