ACTUALITÉ DE LA PAROLE

1 S 24, 1-8 ; Mt 6, 1-15

(15 juin 2001)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

E

n comparant les deux textes que nous venons d'entendre, le premier texte très pittoresque de l'Ancien Testament où Saül est entré dans une grotte pour se couvrir les pieds, vous comprenez la métaphore, j'espère, je ne vous l'expliquerai pas, Da­vid arrive par derrière et est tenté d'achever celui qui est son persécuteur. Il ne veut pas toucher celui qui a été touché par Dieu, une sorte de respect de la trace que Dieu laisse dans le :monde et sur les hommes. Mais néanmoins ce texte historique, très marqué, per­tinent, drôle, et dramatique en même temps est un texte marqué par son histoire. Et puis dans le texte de l'évangile que nous venons d'entendre, je suis toujours assez étonné d'une sorte de dégagement de ce que le Christ dit, de l'histoire dans laquelle il a été prononcé. Il n'y a pas tellement de textes de l'époque de ces tex­tes-là, qui aient cette qualité d'actualité. Même quand on compare avec des enseignements de sages de cette époque-là ou d'époque plus ancienne, si vous avez comparé avec des textes qui se veulent un enseigne­ment de sagesse, vous constaterez toujours à quel point ces enseignements sont tributaires de la gangue dans laquelle ces textes ont été créés. Alors, évidem­ment, on apprend à les dégager de la gangue pour en tirer le message, mais l'évangile est à la fois dégagé d'avance et il a une portée d'actualité. Et c'est curieux que nous hommes du vingtième siècle, reconnaissions dans ce que dit le Christ : "ignore ce que fait ta main droite", chose d'ailleurs quasiment impossible, quel­que chose qui touche, qui fait écho à notre comporte­ment. C'est une preuve toujours assez troublante que l'Écriture est de Dieu ou inspirée de Dieu, en ce sens qu'elle n'est jamais marquée du coin du désuet, ou de l'ancien, ni même du nouveau, elle est l'Ecriture, la Parole d'aujourd'hui, de moi, de vous, face à Dieu, elle dit cette relation, sa difficulté, l'espoir, le déses­poir qui l'anime ... L'évangile aussi raconte une his­toire, des rencontres, mais il est étonnamment actuel. Il rend compte aussi de discours qui se sont bien pro­duits à un certain moment, or, donnez-moi un autre texte dans l'histoire de la littérature qui ait cette acti­vité d'actualité, qui ait d'emblée ce petit goût d'univer­sel. On y parle du comportement humain, et l'on en parle de telle manière que les hommes de tous les temps puissent l'entendre et se convertir. Cela n'a l'air de rien. A force de fréquenter ces textes, notre oreille est usée un peu comme les galets au bord de la mer, on n'entend plus les aspérités étonnantes de ce texte, et pourtant, il est pertinent. Il épingle, il souligne, il soulève délicatement, les torts, les travers que notre humanité a et aura dans sa relation avec Dieu. C'est comme un savoir-faire : Dieu nous livre le savoir-faire que nous devrions avoir avec notre propre humanité pour l'ouvrir à sa divinité.

Le savoir-faire, cela s'appelle la sagesse en hébreu, dans la tradition sémitique. La sagesse n'est pas d'être sage, d'avoir une grande barbe derrière des grands manuscrits, mais la sagesse c'est de savoir-faire. C'est pour cette raison que ce qui a beaucoup fasciné les sages, les écrits sapientiaux de la Bible, ce sont les artisans, le sculpteur, l'orfèvre, et plus tard dans les autres livres, ce sera (non pas les géologues, parce qu'ils n'existaient pas encore en tant que tels), ceux qui parcourent les labyrinthes et les cavernes, vous avez un texte incroyable décrivant ceux qui scrutent les différents sédiments et la terre de cette planète. Le savoir-faire. Nous devrions être étonnés que ce texte nous parle encore Or il nous parle, ce qui prouve bien que Quelqu'un le dit, que Quelqu'un l'anime. Et c'est Lui ! C'est une sorte de preuve silencieuse de l'existence de Dieu.

 

AMEN