LE LANGAGE PARABOLIQUE : UN AILLEURS SI PROCHE
Jos 8,30-35 ; Mt 13, 24-30
(13 juillet 2000)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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uand nous parlons les uns les autres, nous parlons de nous, de soi, des affaires qui nous occupent, des affaires du monde de la société, de nos affaires subjectives dont nous plaignons ou nous nous réjouissons. Bref, nous parlons de nous et nous échangeons sur nous. Quand Jésus rencontre des hommes et des femmes dans l'évangile, Il ne leur parle ni de Lui, ni d'eux, Il n'échange pas sur les dernières affaires de Galilée, sur les problèmes évidents politiques qu'ils ont pu rencontrer, sur les problèmes sociaux, Il ne parle pas de leur faim, de leur travail, de leur famille, Il ne demande pas des nouvelles des enfants, des grands-mères. Mais Il parle un autre langage, un langage parabolique, un langage avec une distance, Il leur parle d'ailleurs, d'autre chose. Imaginez que nous ayons entre nous ce même langage, vous me posez une question et je vous réponds par une histoire, vous m'écouteriez gentiment, en vous disant que ce n'est pas de cela que vous voulez me parler ! "Je veux te parler de moi" ! Jésus raconte des histoires, Il prend cette fameuse distance parabolique. Nous sommes tellement collés à nous-mêmes, à nos affaires, à nos histoires, à nous, à l'autre, que nous avons perdu cette vertu que Jésus reprend comme un Maître qu'Il est, de passer par un ailleurs, une parabole, une histoire. Non pas la nôtre, mais une autre qui éclaire la nôtre, en utilisant ce que sont les mots, la pensée la parole, qui permet de se détacher, de prendre du champ au sens propre du terme, du large, et de respirer un moment en parlant, en énonçant, en désignant. Et les paraboles de l'évangile, ces histoires qu'on a raconté, il y a quelque deux mille ans, nous intéressent encore, c'est assez étonnant. Vous faites sans doute comme moi l'expérience, quand on vient à une messe en plein midi du jour, en plein milieu de nos affaires humaines, d'expérimenter ce décalage qui m'étonne et parfois m'agace, et dont je ressors toujours plus nourri, j'ai l'impression d'avoir à quitter des affaires qui sont celles dont le devoir d'état me demande de m'occuper, et l'on m'oblige à penser à autre chose : la parabole du semeur, cela fait quarante ans que je l'entends comme vous, même plus pour certains, et ce n'est pas fini, apparemment, cela ne s'efface pas cette parabole, on a un mouvement qui ressemble à de la colère et en même temps de toujours entendre cette même distance qui nous oblige à nous reposer, à nous déposer, à sentir que nous sommes d'abord accueillis par quelqu'un qui est à la fois tellement là mais pas vraiment, pas complice. Il a une position, derrière ces paroles qui sont des paroles vivantes, il faut donc que je les scrute pour en percevoir la vie, une histoire universelle pour que j'en sente quel est l'enseignement que je peux en recevoir pour moi aujourd'hui et demain, et l'éternité aussi. Ici, nous ne parlons pas directement des affaires du monde, nous ne racontons pas quel va être le nouveau visage du monde, même si c'et très intéressant, si les travaux ne nous ont pas gênés cette nuit, si les chiens ont été plus propres que d'ordinaire, nous parlons pas de ces affaires, mais nous parlons d'un autre point de vue de choses tout aussi simples et quotidiennes que sont le blé, l'ivraie, le semeur, un laboureur, etc, pour tenter de donner une hauteur, une grandeur, un largeur, une distance avec ce qui nous accapare et finalement nous possède. Car nous sommes possédés par ce que nous vivons, et qui finit tellement par coller à nos préoccupations et nos soucis que nous oublions que nous avons à habiter le monde, pas le nôtre, mais un autre qui semble si distant et si proche qu'il nous faut toujours réactualiser, redire que nous lui appartenons, et cette appartenance, elle donne la liberté.
Et c'est pourquoi l'enseignement de Jésus travers les âges, avec une simplicité, une fulgurance incroyables. Le semeur, un image du grain qui tombe, de l'ivraie, un langage qui décrit à la fois ce que nous vivons car il y a de l'ivraie et du bon grain en chacun, et même les coquelicots, car ils ont un peu comme l'ivraie, qui parcourent notre champ de blé, n'y touchons pas, c'est ce que dit Jésus aujourd'hui. Continuons, nous ne voulons pas que notre champ soit pur, d'un grain de blé doré et parfait, mais acceptons que la champ que nous offrons à Dieu soit rempli d'ivraie. Un jour, le magicien, le sage qu'Il est, saura moissonner ce qui était si lié, ce dont les racines étaient si entremêlées si profondément dans la terre que nous sommes et que Dieu aime tellement qu'Il a envie par sa parole de venir la féconder, la féconder, la féconder.
Alors, écoutons cette Parole qui féconde et acceptons d'être enseigné, par quelqu'un qui a quelque chose à nous dire même si nous croyons l'avoir déjà entendue si souvent, et que cette Parole vienne encore aujourd'hui nous dire sa Présence féconde et active.
AMEN