FAUT-IL ENTERRER LA GRÂCE ?
Jr 22, 24-30 ; Mt 25, 14-30
(9 octobre 1998)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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'aimerais appeler cette parabole, la parabole du gâchis. Chacun reçoit des talents, l'un reçoit cinq talents, l'autre deux, l'autre un. Quand nous écoutons une parabole, nous savons qu'elle s'adresse aujourd'hui à nous et que son interprétation s'élargit à ce que nous-mêmes nous sommes nous vivons. Donc, le Seigneur Jésus a donné à chacun des talents. Alors, peut-être qu'à un tel, il a donné trois talents, à tel autre, il en a donné six, parmi vous, et puis il y a certainement quelqu'un dans l'assemblée qui n'a reçu qu'un talent.
Mais, ce qui est important, ce n'est pas que un en ait trois, l'autre six, l'ait un, c'est que comme le dit l'évangile, chacun a reçu selon sa capacité. C'est-à-dire que celui qui a trois talents, ne peut pas en avoir un quatrième, que celui qui n'en a qu'un, il a tout ce qu'il faut selon ses capacités. C'est un principe dans l'Église, puisque chacun d'entre nous reçoit la grâce de Dieu, et elle grandit autant que nous sommes capables de la recevoir. Et donc, je ne suis pas moins que mon frères quand je n'ai reçu qu'un seul talent, puisque j'ai reçu tout ce que je pouvais contenir, être capable de recevoir.
Mais, le problème, c'est que nous avons reçu chacun suivant nos possibilités d'accueil, nos capacités, ensuite, il nous est confié car le Seigneur a confiance en nous, il nous est confié de faire fructifier ce que nous avons reçu. Et c'est dans ce sens que j'appelle cette parabole la parabole du gâchis. Tout simplement, que faisons-nous des talents que nous avons reçu ? Eh bien, nous les gâchons !
Nous sommes la plupart du temps, incapables de les faire fructifier... Nous sommes incapables de produire le double de ce qui nous a été donné, nous sommes incapables de répondre à l'appel reçu. Et c'est cela que le maître, le Seigneur déteste, il déteste le gâchis, du don qu'il nous a fait, de sa grâce, de sa miséricorde. Pourquoi ? Parce que nous agissons souvent sous deux modes : le premier, c'est nous nous réservons, ou le second : nous nous plaignons.
Nous nous réservons, c'est-à-dire que finalement, on attend, on va essayer de mettre un petit peu de côté, on ne se donne pas pleinement en ce sens que, on suit l'expérience de la foi, et que devient-elle cette foi ? Quelle puissance, quelle force nous a été donnée, et qui fait de nous des chrétiens tièdes, refroidis, alanguis, nous avons reçu l'amour du Seigneur, et comment cet amour est-il manifesté aux autres ? Comment tout l'amour que j'ai reçu de Jésus ce don le plus précieux devient-il pour les autres aussi signe de l'amour. Comment le visage que je donne aux autres, à voir, est aussi celui du Christ qui se donne, Et ainsi, nous est posée la question comme le disait Jean-Paul II lors de son premier voyage en France : France, qu'as-tu fait de ton baptême ? Eh bien, Nicolas, Pierre, Jacques, Paul, qu'avez-vous fait de votre baptême, du talent reçu ? Ne nous réservons pas, sachons donner !
Et le deuxième, c'est : nous nous plaignons. Et c'est caractéristique : nous nous plaignons de ne pas avoir reçu, nous nous plaignons de ne jamais être aimés, nous nous plaignons que les autres ont plus reçu que nous. Cela est faux : nous avons reçu chacun selon notre capacité.
Et alors, là, c'est la manière la plus systématique de gâcher ce que l'on a reçu, parce qu'on se plaint tellement de ce que l'on a, qu'on ne le fait pas fructifier. Nous enterrons la grâce, l'amour de Dieu pour nous, nous faisons un trou dans la terre, nous l'enterrons dans la terre et nous tapons du pied dessus en disant : c'est là, cela ne vaut, rien, les autres ont tellement plus !
C'est du gâchis, le Seigneur ne le supporte pas, et c'est là où serons les pleurs et les grincements de dents. Tu savais que je moissonne là où je n'ai rien semé ? Et que je récolte là où je n'ai rien répandu ? Ne serait-ce qu'avec ce que tu avais, tu n'avais qu'à le confier à quelqu'un d'autre qui l'aurait fait fructifier, fusse un banquier, il l'aurait fait fructifier, ton talent, voilà, nous nous réservons, ou nous nous plaignons, ce qui fait que souvent, on se plaint que le chrétien a une petite allure, qu'il ne sait pas avoir au cœur cette flamme qui devrait le porte à annoncer une bonne nouvelle, en somme le chrétien ne sait pas vivre de ce qu'il a reçu bien souvent. Il a enterré son talent en terre et il attend que cela se passe et que le jour où Dieu se manifestera face à face à nous, nous avons tort de penser qu'il suffira de déterrer notre talent, j'ai été baptisé, j'ai été confirmé, j'ai participé à la messe à saint Jean de Malte chaque jour, tiens, voilà ton talent, je te le rends !
Cela ne suffira pas !
AMEN